Tandis que l'orage menace, Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en centrale. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d'autres cours - et d'autres cachets - mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n'est là que pour accompagner son ami. Richard, secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours...
Ma première rencontre avec le théâtre d'Alexis Michalik ne s'était pas particulièrement bien passée. J'étais ressortie du Porteur d'histoire assez déçue, sans vraiment comprendre l'enthousiasme qu'il suscitait. Depuis, j'ai revu cette pièce et l'ai beaucoup appréciée, mais c'est donc avec une certaine méfiance que suis allée voir "Intra Muros". Le sujet, plus ancré dans la réalité, m'intriguait néanmoins suffisamment pour me donner envie de tenter l'expérience. Et quelle bonne idée j'ai eue !
L'histoire débute dans une prison, où Richard, un metteur en scène un peu désabusé, vient animer un atelier de théâtre. Il espère attirer de nombreux détenus, mais seuls deux hommes répondent présents. Accompagné d'une comédienne et d'une jeune assistante sociale, il décide malgré tout de maintenir son cours. Un point de départ finalement assez banal, mais qui va rapidement nous entraîner bien au-delà des murs de la prison.
Car Alexis Michalik possède un véritable talent de conteur. À partir d'une situation toute simple, il construit progressivement une histoire beaucoup plus riche et complexe qu'il n'y paraît. Les récits s'imbriquent, les époques se croisent, les personnages dévoilent peu à peu leur passé et les pièces du puzzle s'assemblent. On passe d'une histoire à une autre avec une fluidité déconcertante, sans jamais perdre le fil. Chaque révélation vient éclairer différemment ce que l'on croyait avoir compris, entretenant une curiosité permanente.
La mise en scène participe largement à cette réussite. Avec très peu d'éléments de décor, Michalik parvient à nous faire voyager d'un lieu à un autre et d'une époque à une autre. Tout repose sur l'imagination, le mouvement et le talent des comédiens, qui endossent plusieurs rôles avec une belle aisance. Les transitions sont particulièrement habiles et la musique jouée en direct contribue à créer des atmosphères très différentes. C'est un théâtre qui ne cherche pas à impressionner par ses moyens, mais par son inventivité.
Et puis, derrière cette mécanique narrative parfaitement maîtrisée, il y a de véritables questions humaines. La prison n'est finalement qu'un point de départ pour explorer des parcours de vie, des blessures, des regrets, des rencontres et des choix qui peuvent faire basculer une existence. La pièce interroge aussi la frontière entre la réalité et la fiction, mais surtout le pouvoir du théâtre : celui de permettre à chacun de s'évader, de se raconter et peut-être même de se révéler. Le tout sans oublier l'humour, qui apporte une légèreté bienvenue à un récit parfois sombre et émouvant.
Ce qui est assez étonnant, c'est qu'en sortant de la salle, j'avais du mal à expliquer pourquoi j'avais autant aimé. Les comédiens étaient très bons, certes, mais aucun ne m'avait particulièrement bouleversée. L'histoire était belle, mais je n'avais pas non plus le sentiment d'avoir assisté à quelque chose d'extraordinaire. Et pourtant, j'avais littéralement été happée par le spectacle. Je n'avais pas vu passer les 1h45 ! Je crois tout simplement que la force d' "Intra Muros" réside justement dans cette alchimie entre tous les éléments. Rien ne semble prendre le dessus, mais tout fonctionne ensemble avec une efficacité redoutable. On se laisse entraîner dans ce tourbillon d'histoires sans même s'en rendre compte, et lorsque le rideau tombe, on réalise à quel point on a été captivé.
Finalement, c'est peut-être aussi cela, le talent d'Alexis Michalik : nous faire oublier que nous sommes au théâtre, simplement parce que nous sommes trop occupés à savourer les histoires qu'il nous raconte. Une formidable démonstration du pouvoir de la fiction et, surtout, un excellent moment de théâtre que je recommande sans hésitation!
A voir à la Pépinière Théâtre jusqu'au 2 décembre
Le mardi à 21h et le mercredi à 19h
Texte et mise en scène: Alexis Michalik
Avec en alternance : Clémentine Aussourd, Christopher Bayemi, Chloé Berthier, Raphaèle Bouchard, Hocine Choutri, Jérémie Covillault, Johann Dionnet, Janik Erima, Fleur Fitoussi, Jean Fornerod, Muriel Gaudin, Magali Genoud, Thibaut Gonzalez, Antoine Kobi, Aurélie Konaté, Christian Mulot, Jean-Philippe Ricci, Fayçal Safi, Marie Sambourg, Azize Kabouche et Julien Urrutia et les musiciens : Raphaël Bancou, Sylvain Briat, Raphaël Charpentier, Mathias Louis et Killian Rebreyend.