Où vont les larmes quand elles sèchent ❤️❤️❤️❤️❤️

« Je suis médecin généraliste dans une petite ville et comme mes collègues j’ai trop de patients : ils débordent de la salle d’attente. Soigner. Consoler. Écouter. Soigner. Consoler. Écouter. J’entends beaucoup d’histoires et il m’arrive de les lire directement sur le corps des malades. Les injustices qui traversent leur vie me mettent en colère mais surtout je ne sais plus comment pleurer depuis cette nuit où il m’a manqué six petites minutes ». D’anecdotes hilarantes en éclats poétiques en passant par des punchlines volcaniques, Jean suture délicatement les plaies de nos humanités….

Coup de coeur

Je l'annonce : j'ai eu un véritable coup de cœur pour l'adaptation théâtrale du best-seller de Baptiste Beaulieu, "Où vont les larmes quand elles sèchent". Pourquoi? Parce que dans ce spectacle, tout fonctionne. Le texte, évidemment, mais aussi une mise en scène pleine de trouvailles et, surtout, un formidable Régis Vallée.

Je connaissais déjà le comédien, mais je crois que je viens véritablement de le découvrir aujourd'hui. Sa profonde gentillesse qui semble naturellement transparaître, sa capacité à passer du rire à l'émotion... On se demande qui, mieux que lui, aurait pu incarner ce personnage de médecin de campagne si drôle et si humain. Et j'ai eu le sentiment qu'il avait enfin trouvé un rôle qui lui permettait d'exprimer pleinement l'étendue de son talent. En une heure, il m'a fait rire, il m'a émue, il m'a surprise, il m'a épatée. Je suis passée par une véritable palette d'émotions sans jamais avoir le sentiment de voir simplement un comédien seul sur scène.

Car c'est aussi là que réside l'une des grandes réussites du spectacle : on ne se sent jamais face à un seul-en-scène. La mise en scène de Léna Bréban est d'une ingéniosité folle. Les personnages apparaissent, prennent vie et s'installent peu à peu dans notre imaginaire, grâce à l'interprétation de Régis Vallée, bien sûr, mais aussi grâce à toutes les astuces imaginées pour les faire exister. Les jeux de lumière, les intermèdes musicaux et ces multiples trouvailles qui ponctuent le récit donnent au spectacle une vraie richesse et permettent de faire vivre tout un monde sur scène. Et le public n'est pas simplement spectateur, puisqu'il est régulièrement pris à partie, ce qui lui permet de rester impliqué de la première à la dernière minute.

Et puis il y a l'écriture de Baptiste Beaulieu. Ce qui m'a particulièrement étonnée, c'est que le fait qu'il soit médecin n'est finalement pas le cœur de l'histoire. Bien sûr, la médecine est présente, avec ses urgences, ses patients, ses corps et ses drames. Mais le spectacle, comme le livre, parle avant tout d'humain. De ces personnes qui ont traversé sa vie, parfois pour quelques minutes, parfois pour beaucoup plus longtemps. De ces patients avec lesquels une véritable relation s'est nouée. De leurs histoires, de leurs fragilités, de leurs blessures, de leurs petites victoires aussi. Et surtout de ces liens qui se créent dans les endroits où l'on s'y attend parfois le moins.

C'est d'ailleurs une chose frappante dans cette adaptation : malgré les coupes qui ont nécessairement dû être faites pour passer du roman à une heure de spectacle, je n'ai jamais eu le sentiment que l'esprit du livre avait été dénaturé. On retrouve cette humanité, cette tendresse, cette capacité à rire de situations parfois difficiles et, surtout, cette manière si particulière de nous faire passer du rire aux larmes. Et c'est exactement ce que j'ai ressenti dans la salle. Le spectacle est drôle, profondément tendre, parfois triste, souvent bouleversant. Les éclats de rire côtoient les moments plus poignants avec une grande justesse. On s'attache aux personnages, on les voit exister sous nos yeux et, lorsque certaines histoires nous rattrapent, l'émotion arrive presque sans prévenir.

Je crois que je n'ai vraiment rien à redire. J'ai aimé le texte, l'adaptation, la mise en scène, les lumières, les intermèdes musicaux... et surtout Régis Vallée, qui porte tout cela avec une générosité incroyable. "Où vont les larmes quand elles sèchent" est un spectacle que je vous recommande absolument.

Et puisque les Molières ne seront décernés que plus tard, je prends les devants : je ne serais pas surprise que Régis Vallée reçoive celui du meilleur seul-en-scène.

 

A voir au Théâtre Lepic jusqu'au 14 décembre

Le samedi à 15h, le dimanche à 17h, le lundi à 21h

De: Baptiste Beaulieu
Adapté et mis en scène par Léna Bréban
Avec: Régis Vallée

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