On peut s'appeler Alain et sauver le monde ⭐⭐⭐✨

Mission : Impossible — Budget : 6 chaises — Résultat : Spectaculaire ! Quand le patron de la plus grosse multinationale du monde prévoit de déverser 100 tonnes de déchets dans une nappe phréatique, un seul homme peut l’arrêter : Alain. Problème : Alain n’est pas au courant. Kidnappé par une agence écolo persuadée qu’il est l’Élu, il se retrouve catapulté, malgré lui, dans une mission dont il ne maîtrise ni les règles ni les codes. 6 comédiens, interprétant 28 personnages, un hélicoptère, une plaque d’égout et un serveur informatique. Ralentis, cascades et effets magiques. Une véritable série… en live, sans écran.

Depuis plusieurs semaines, les critiques dithyrambiques sur "On peut s'appeler Alain et sauver le monde" se multiplient, aussi bien dans la presse que chez les spectateurs. Autant dire que j'avais une immense envie de découvrir ce spectacle dont tout le monde semblait sortir hilare et émerveillé. Et j'ai passé un très bon moment devant cette proposition théâtrale particulièrement originale.

Le concept est aussi simple qu'audacieux : faire du théâtre d'action avec un budget dérisoire. Six chaises, quelques accessoires et beaucoup d'imagination suffisent à nous embarquer dans une improbable aventure d'espionnage. Et c'est incontestablement là que réside la grande force du spectacle : l'ingéniosité absolument remarquable de sa mise en scène. Loïc Bartolini multiplie les trouvailles pour reproduire sur scène les codes des films d'action : cascades, ralentis, courses-poursuites et autres effets spéciaux prennent vie grâce à des détournements d'objets aussi astucieux que réjouissants. À l'heure où les écrans et les projections envahissent les scènes, quel plaisir de voir qu'on peut créer autant avec presque rien !

L'ensemble est une immense parodie, dans un esprit qui rappelle notamment celui d'OSS 117. L'histoire, volontairement loufoque, n'est finalement qu'un prétexte à l'enchaînement de situations absurdes, les principaux éclats de rire venant davantage des trouvailles visuelles et du détournement des accessoires que du texte lui-même. Mais après tout, ce spectacle mise avant tout sur le comique de situation et l'inventivité scénique, et c'est dans ce domaine qu'il excelle.

Et puis, il y a les six comédiens, auxquels il faut rendre un immense hommage. Car ce qu'ils accomplissent sur scène est tout simplement impressionnant ! Ils ne s'arrêtent jamais. Lorsqu'ils ne jouent pas, ils déplacent les accessoires, participent aux effets spéciaux, portent leurs partenaires pour les faire voler ou préparent déjà la scène suivante. Ils incarnent à eux six pas moins de 28 personnages, dans un ballet incessant où chaque déplacement, chaque geste et chaque intervention semble réglé au millimètre. C'est une véritable chorégraphie collective, d'une précision et d'une fluidité remarquables. On imagine difficilement le nombre d'heures de répétition nécessaires pour parvenir à un tel résultat. Un immense bravo à toute cette troupe !

J'ai également eu un plaisir particulier à retrouver Michaël Giorno-Cohen, que je suis depuis plusieurs années et que je découvrais enfin dans un registre bien différent du théâtre classique, ainsi que Salomé Talaboulma, qui m'avait déjà beaucoup séduite dans Fabuleux !. Quel bonheur de les voir s'amuser dans cet univers complètement déjanté !

Au final, "On peut s'appeler Alain et sauver le monde" est une comédie qui ne ressemble à aucune autre. Son humour ne fera peut-être pas l'unanimité, et chacun y sera plus ou moins sensible, mais son inventivité et ses interprètes méritent à eux seuls le déplacement. On passe un bon, voire un très bon moment et surtout, on ressort avec cette jolie certitude : au théâtre, avec quelques chaises, beaucoup de talent et une imagination débordante, tout devient possible. Même sauver le monde ! 

 

A voir au Théâtre Michel jusqu'au 29 décembre 

Le lundi à 20h et le mardi à 19h

Une pièce de Loïc BARTOLINI et Jean CHAFFARD-LUÇON
Mise en scène de Loïc BARTOLINI, assisté de Marie COUSTAURY

Avec Céline Groussard, Salomé Talaboulma, Michaël Giorno-Cohen, Jean Vocat, Alistair Wright et Loïc Bartolini

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.