Le Schpountz ⭐⭐⭐⭐

Irénée est un modeste garçon épicier travaillant dans la boutique de son oncle dans les environs de Marseille. Il est persuadé qu’il a un don de naissance et rêve de devenir une vedette de cinéma. Une équipe de cinéastes parisiens passant par là pour des repérages, amusée par les prétentions de ce “Schpountz”, lui signent un faux contrat de comédien. Gonflé de tout son orgueil et sourd aux avertissements de ses proches, Irénée papier en poche, monte à Paris et se présente aux studios. Une comédie familiale devenue culte, qui rend un hommage vibrant au rire et apportera au public le sourire et les larmes dont il a besoin pour vivre.

Je dois l’avouer : je n’ai jamais vu le film "Le Schpountz". Et, pour une raison assez difficile à expliquer, je n’étais pas particulièrement convaincue que ce spectacle me plairait. Autant dire que j’y suis allée sans grandes attentes… et que j’en suis ressortie ravie. Comme quoi, les a priori ont parfois du bon: ils permettent de très belles surprises!

Adapter sur scène un film, avec ses différents lieux et ses changements de décor, n’est pas forcément chose aisée. Pourtant, ici, cela importe finalement assez peu. Très vite, on s’attache avant tout à l’histoire et aux personnages, au point d’en oublier les contraintes du plateau. L’essentiel est ailleurs : dans le texte, le jeu et les émotions. Et autant le dire tout de suite : j’ai été seduite par l’histoire, que j’ai trouvée à la fois très drôle et beaucoup plus émouvante que je ne l’imaginais. J’ai beaucoup ri, évidemment, mais derrière la comédie se dessine aussi le portrait touchant d’un jeune homme pétri de rêves, de naïveté et d’une confiance en lui parfois assez désarmante. 

Et justement, parlons d’Arthur Cachia. Je l’ai trouvé absolument formidable dans le rôle d’Irénée. Il réussit quelque chose qui n’était pas gagné d’avance : rendre ce personnage aussi agaçant qu’attachant. Il m’a fait rire, m’a touchée, m’a parfois donné envie de le secouer un peu, tout en restant constamment juste dans ses émotions. Il restitue parfaitement la naïveté d’Irénée, son enthousiasme démesuré, ses certitudes, mais aussi ses fragilités. Une très belle performance, tout en nuances, qui donne au personnage une véritable humanité. Je n'ai jamais vu la version originale avec Fernandel mais je suis certaine que son interprétation n'a rien à lui envier. À ses côtés, Milena Marinelli incarne avec brio sans doute le personnage le moins caricatural de toute l’histoire, et c’est justement ce qui le rend si indispensable. Là où les autres se laissent volontiers emporter par leurs rêves, leurs excès ou leurs certitudes, elle est la seule à garder véritablement les pieds sur terre. Par sa lucidité, sa bienveillance et le regard qu’elle porte sur Irénée, elle va lui permettre de se révéler et, peu à peu, de déployer ses ailes. Son rôle est donc bien plus qu’un simple contrepoint féminin : elle est un véritable moteur de l’intrigue et du parcours d’Irénée. Axel Blind, quant à lui, apporte beaucoup d’humour, mais aussi une vraie sensibilité, et fait mouche à plusieurs reprises. Mais c’est véritablement toute la troupe qui fonctionne : chacun trouve sa place, apporte sa touche personnelle et contribue à cet équilibre entre comédie, tendresse et émotion.

"Le Schpountz" a donc été pour moi une excellente surprise. Une adaptation drôle, tendre et émouvante, portée par une troupe très convaincante et par un Arthur Cachia remarquable. Et pour ceux qui, comme moi, auraient réussi l’exploit de passer jusqu’ici complètement à côté du film de Pagnol, c’est aussi une très jolie manière d’en découvrir l’histoire. Bref, je suis entrée sans trop savoir ce que j’allais voir et je suis sortie conquise. Je recommande vraiment !

 

A voir au Lucernaire jusqu’au 10 janvier 

Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 16H

Mise en scène Delphine Depardieu et Arthur Cachia

Avec Axel Blind, Arthur Cachia, Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh

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