C'est pas la mer à boire ⭐⭐⭐⭐

Entre pop française, jazz et techno, Lila poursuit l’ivresse de chaque instant… mais elle bloque. En elle, Lilapeur et Lilibre s’affrontent. Lorsque Lilenfant s’en mêle, toutes replongent dans les souvenirs, pour comprendre comment elle a bu la tasse. Il est temps de sortir enfin la tête de l’eau pour refaire de sa vie une grande fête.

Après avoir été littéralement subjuguée par son interprétation dans Tout le bleu du ciel, une chose était certaine : je DEVAIS absolument découvrir Blanche Sottou dans son seul en scène. J'avais une question à laquelle il me fallait une réponse: était-ce simplement son personnage qui était extraordinaire ou avais-je affaire à une comédienne exceptionnelle? Eh bien, j'ai désormais ma réponse : elle est incontestablement ma révélation théâtrale de cette année ! Et ce qui rend cette découverte encore plus enthousiasmante, c'est que les deux rôles n'ont absolument rien à voir.

Si "Tout le bleu du ciel" adopte une forme théâtrale plutôt classique, "C'est pas la mer à boire" est un véritable petit ovni. Ici, les frontières entre les disciplines explosent : théâtre, chant, musique et danse s'entremêlent dans une proposition artistique aussi audacieuse que singulière. On passe d'un registre à l'autre, parfois sans transition, dans un tourbillon qui peut, au premier abord, déstabiliser. Mais cette apparente folie n'a rien de gratuit. La forme épouse parfaitement le fond, car ce désordre scénique est finalement le reflet du chaos intérieur du personnage.

Dans ce spectacle, on suit une jeune femme qui se noie peu à peu dans ses excès. L'alcool, mais pas seulement, devient un moyen de combler un vide, de fuir une réalité qui ne lui convient pas, de se sentir vivante, quitte à jouer dangereusement avec ses propres limites. Elle avance sur un fil, oscillant sans cesse entre l'euphorie et le vertige, le besoin de tout contrôler et l'envie de tout lâcher. Le spectacle est parfois cru, dérangeant même, mais cette brutalité fait partie intégrante de son propos. Il ne cherche ni à embellir ni à édulcorer les addictions. Il en explore au contraire les contradictions, cette étrange mécanique qui pousse à rechercher encore et toujours ce dont on sait pourtant que cela nous détruit. Derrière les excès se dessine alors une réflexion bien plus large, presque philosophique, sur le manque, la dépendance, la fuite de soi et cette quête parfois désespérée de quelque chose qui pourrait donner un sens à l'existence.

Et pour porter tout cela, il y a une Blanche Sottou absolument époustouflante. Je savais déjà qu'elle était une formidable comédienne, mais je n'imaginais pas à quel point elle était une artiste complète puisqu'elle chante , danse et joue même du piano. Elle incarne à elle seule les différents personnages qui traversent la vie de cette jeune femme, mais surtout les différents « moi » qui cohabitent en elle, se confrontent, se contredisent et se déchirent. C'est une performance physique et émotionnelle impressionnante, qui exige une énergie folle et une maîtrise de chaque instant. Et pourtant, malgré toute cette virtuosité, elle ne perd jamais de vue l'essentiel : raconter une histoire et nous faire ressentir les tourments de son personnage.

Mais ce qui m'impressionne peut-être encore davantage, c'est que Blanche Sottou est également l'autrice de ce spectacle. Comment peut-on, si jeune, faire preuve d'une telle maturité dans l'écriture ? Car derrière cette forme débridée se cache un texte d'une grande intelligence, qui dépasse largement le simple récit d'une descente aux enfers. Il interroge les mécanismes de l'addiction, les raisons qui nous poussent à nous réfugier dans des comportements destructeurs et cette difficulté à vivre avec soi-même. Le propos est profond sans être pesant, et la liberté de la mise en scène lui donne une force toute particulière. J'aime aussi l'idée qu'un spectacle comme celui-ci puisse séduire des spectateurs qui ne sont pas nécessairement des habitués du théâtre. Sa forme hybride, son énergie, sa musicalité et son audace bousculent les codes et montrent à quel point le spectacle vivant peut être inventif. C'est une proposition qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, tant elle sort des sentiers battus, mais c'est précisément cette prise de risque qui fait aussi sa richesse.

Et puis il y a cette fin... Après tant d'agitation, de contradictions et de solitude, le spectacle s'achève sur un magnifique moment de partage et d'union avec le public que je ne révélerai pas, mais qui est particulièrement émouvant. Un final qui m'a vraiment touchée. Je suis sortie de la salle avec la certitude d'avoir assisté à une performance artistique unique, mais surtout, avec la conviction d'avoir découvert une artiste dont je n'ai pas fini de suivre le parcours. Blanche Sottou m'avait bouleversée dans "Tout le bleu du ciel". Avec "C'est pas la mer à boire" , elle m'a bluffée. Et je crois que ce n'est que le début !

 

A voir au Théâtre La Flèche le jeudi à 21h

De et avec : Blanche Sottou

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