Les frottements du coeur ⭐⭐⭐⭐

Comme c’est étrange, à 29 ans, d’avoir le cœur qui flanche… Comment faire pour survivre ? Comment revenir au monde ? Une histoire de montagne à gravir, de brouillard à traverser, de résilience et d’amour. Une jeune femme tombe malade. La grippe, quoi de plus banal. Mais la maladie s’aggrave, et elle est transportée d’urgence à l’hôpital. Son pronostic vital est engagé, son cœur très affaibli : l’équipe médicale décide de lui greffer une machine de circulation extra corporelle. Une plongée dans l’univers surréaliste, épique et désespérément drôle de la réanimation.

Quelle belle réussite que ce spectacle ! "Les Frottements du cœur" raconte une histoire vraie, aussi bouleversante qu'incroyable, portée par une très belle mise en scène. Et la présence d'une musicienne sur scène est une magnifique trouvaille qui apporte une dimension supplémentaire au récit et en souligne toute l'émotion.

Il faut dire que l'histoire a de quoi bouleverser. Comment une jeune femme de 29 ans peut-elle se retrouver hospitalisée pendant des mois à la suite d'une grippe mal soignée, confrontée à la souffrance et à la peur de mourir? Il y aurait de quoi se révolter! On pourrait s'attendre à un récit empreint de colère, à une dénonciation des défaillances du système de santé ou du manque de délicatesse de certains soignants. Mais ce n'est absolument pas la voie choisie par Katia Ghanty. Ici, pas de règlement de comptes ni de rancœur. La comédienne préfère retenir le positif, les rencontres, les gestes qui sauvent et, surtout, cette formidable envie de vivre. Et cette volonté de regarder du côté de la vie donne au spectacle une tonalité assez inattendue. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, "Les Frottements du cœur" est aussi un spectacle plein d'humour. Et c'est sans doute là que réside l'une de ses plus grandes forces. Katia Ghanty ne se contente pas de raconter son histoire : avec un remarquable talent, elle incarne également les différents membres du personnel hospitalier qui ont jalonné son parcours, leur donnant à chacun une personnalité et faisant surgir le rire là où on ne l'attendrait pas.

Mais l'humour n'efface évidemment pas la dureté de ce qui nous est raconté. Certaines scènes m'ont particulièrement remuée. J'ai même parfois ressenti un véritable malaise, tant il m'était impossible de ne pas m'imaginer à sa place. Comment supporter une telle souffrance, des mois d'hospitalisation et cette terrible incertitude quant à l'avenir ? Cette projection m'a parfois déstabilisée, mais c'est aussi ce qui fait la force de ce spectacle : parvenir à nous faire ressentir une infime partie de ce qu'elle a traversé.

Et au-delà de cette épreuve, il y a une autre réalité que j'ai été heureuse de voir abordée : celle de l'après. Car survivre ne signifie pas que tout redevient comme avant. Il faut se reconstruire physiquement et psychologiquement, mais aussi faire face aux attentes de l'entourage. Comme si, après avoir frôlé la mort, on devait nécessairement croquer la vie à pleines dents et savourer chaque instant. Comme si avoir survécu imposait désormais une obligation de bonheur. J'ai trouvé cette réflexion particulièrement juste et intéressante.

Finalement, Les Frottements du cœur est bien plus que le récit d'une épreuve médicale. C'est une formidable ode à la vie, une leçon de courage et de résilience, mais sans optimisme forcé ni discours moralisateur. Un spectacle qui ose raconter la douleur sans s'y complaire, qui fait rire sans jamais banaliser la souffrance et qui parvient autant à nous émouvoir qu'à nous faire réfléchir.

 

A voir au Théâtre Actuel La Bruyère le lundi à 19h jusqu'au 29 mars

Texte et interprétation : Katia Ghanty
Mise en scène : Eric Bu

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