Mon côté Wertheimer (Les mères poules ne font pas des mouettes). Mais parfois, si. C’est une enquête intime et culottée sur ma lignée maternelle, sur ma branche de travers : mon côté Wertheimer. Est-ce que l’anxiété, c’est matrilinéaire, comme la judéité ?
Freud a dit : "C’est la faute à ta mère si t’es tombée par terre." Et tout le monde l’a cru.
Mais elles ont fait comme elles ont pu, nos aïeules, avec le patriarcat, tout ça.
Ce qui était, au départ, une enquête sur mon arrière-grand-mère devient, au fil du spectacle, une rencontre avec ma mère.
J’ouvre la cage aux folles et aux oiseaux.
Je les regarde s’envoler au-dessus d’un nid de coucous.
Je ris de moi, je ris d’effroi.
Je pleure aussi — il faut bien ça, parfois.
Pour que, comme l’a chanté Barbara, elle arrive :
La joie de vivre. La joie de vivre. (ou au moins un peu de sérénité, si c’est pas trop demander).
Avec "Mon côté Wertheimer", Chloé Olivères raconte sa propre histoire et explore ce que l’on reçoit de sa famille, ce qui se transmet de génération en génération et cet héritage qui, parfois, semble aller bien au-delà des souvenirs ou des habitudes puisqu’il s’inscrit jusque dans les gènes. Et pour raconter tout cela, elle ne fait certainement pas les choses à moitié !
Seule sur scène, Chloé Olivères change de personnage, de voix, de rythme, se déplace, se roule par terre, occupe tout l’espace… Elle ne ménage ni son énergie ni sa générosité et fait surgir devant nous toute une galerie de personnages, avec une vraie liberté de jeu. Il y a quelque chose de presque débordant dans cette façon qu’elle a d’habiter la scène, à l’image de l’histoire qu’elle cherche à raconter.
Car son spectacle est lui aussi très foisonnant. Il fourmille d’idées, emprunte parfois plusieurs chemins et part dans beaucoup de directions. J’avoue d'ailleurs que j'ai été parfois un peu perdue. Mais ce qui est assez étonnant, c’est que chaque fois que je commençais à décrocher, la comédienne trouvait le moyen de me rattraper, avec une scène particulièrement juste, drôle ou émouvante.
Et c’est notamment avec le personnage de la maman que le spectacle m’a le plus touchée, justement parce qu’il est loin d’être facile à aimer. Elle est fragile, parfois franchement agaçante, et certaines de ses réactions peuvent même être difficiles à comprendre. Le spectacle nous donne quelques clés pour saisir pourquoi elle est devenue cette femme-là, même si j’aurais aimé que cette partie soit davantage creusée. On entrevoit les blessures et les fragilités qui ont pu la construire, sans que tout soit réellement exploré. Pourtant, malgré cette difficulté à la comprendre, ou peut-être justement à cause d’elle, on sent à quel point Chloé Olivères aime sa mère. Et c’est sans doute là que le spectacle devient le plus intéressant : dans ce mélange d’agacement, de tendresse, d’incompréhension et d’amour qui peut exister dans une relation familiale.
Parce qu'au fond, c’est bien de cela dont il est question. De cette famille dont on hérite sans l’avoir choisie, de ces histoires qui nous précèdent et qui continuent malgré tout à vivre en nous. On peut chercher à s’en éloigner, les questionner, les comprendre… mais elles font malgré tout partie de ce que nous sommes.
C’est cette idée qui m’a particulièrement plu dans le spectacle. Et même si j’ai parfois eu l’impression de me perdre un peu dans son foisonnement, j’ai beaucoup aimé l’énergie folle de Chloé Olivères, sa générosité et cette façon très personnelle de nous embarquer dans son histoire et son immense talent de comédienne.
A voir au Théâtre Lepic jusqu'au 29 décembre
Le mardi à 21h
Texte, interprétation et co-mise en scène Chloé Oliveres
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