Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école. Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée. Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade. Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.
Je n’avais jamais lu le roman "La Tresse" de Laetitia Colombani, ni vu son adaptation au cinéma. C’est donc avec un regard neuf que j’ai découvert cette pièce.
La mise en scène de Johanna Boyé est sans conteste l’un des grands atouts du spectacle. Un rideau installé en fond de plateau permet de jouer certaines scènes derrière lui, créant de jolis effets de transparence et de profondeur. Des images y sont également projetées pour nous plonger dans les différents lieux et installer l’atmosphère propre à chacune des histoires. L’ensemble est très esthétique et permet de passer d’un univers à l’autre avec beaucoup de naturel.
Car "La Tresse" , ce n'est pas une mais trois histoires qui se déroulent en parallèle, celles de femmes dont les vies semblent n’avoir rien en commun. Le spectacle parvient à faire coexister ces trois récits sans jamais perdre le fil, grâce à des transitions particulièrement fluides. Peu à peu, les liens se dessinent jusqu’à ce que ces destins se rejoignent dans un dénouement émouvant, qui donne tout son sens au titre et au message de l’œuvre.
Sur scène, les femmes sont à l’honneur, et cela se ressent jusque dans la distribution. Le spectacle est presque exclusivement féminin : même les personnages masculins sont interprétés par des comédiennes. Un choix original qui peut parfois surprendre, voire dérouter, mais qui participe aussi à l’identité singulière de cette adaptation et rappelle le spectacle "Orgueil et préjugés ou presque" de la même metteuse en scène.
La performance de l’ensemble des comédiennes est d’ailleurs assez époustouflante. Elles passent sans cesse d’un personnage à l’autre, enchaînant les rôles et les changements de costumes avec une aisance impressionnante. Cette capacité à incarner autant de rôles force l'admiration. J’ai notamment été impressionnée par Blanche Leleu, qui dégage un véritable charisme sur scène et a immédiatement capté mon attention. Mais il serait injuste de ne pas saluer l’ensemble de la distribution, tant chacune trouve sa place dans cette histoire chorale. À noter également la présence de Laetitia Colombani, l’autrice du roman, qui interprète quelques petits rôles ainsi que son propre personnage.
J’ai également beaucoup aimé la place accordée à la musique, jouée en direct sur scène par un guitariste électrique. Elle accompagne les comédiennes tout au long du spectacle et contribue pleinement à son atmosphère. Une scène m’a particulièrement marquée : l’une des comédiennes s’adresse directement au musicien, qui lui répond par sa guitare. Ce dialogue inattendu entre les mots et la musique est une très belle idée, à la fois originale et poétique, qui apporte une véritable singularité à la mise en scène.
À travers ces trois parcours, La Tresse rend hommage à des femmes fortes, confrontées à des épreuves différentes, mais qui font preuve de courage et de détermination pour reprendre leur destin en main. Le spectacle porte ainsi un message résolument féministe qui met en lumière leur capacité à avancer, à résister et à se battre pour ce qui compte à leurs yeux.
Ma seule réserve concerne le rythme de l’intrigue, qui m’a parfois semblé un peu lent. C’est sans doute aussi le choix du roman, qui prend le temps de développer chacun des trois récits et de laisser vivre pleinement chaque histoire. Cela n’enlève cependant rien aux qualités de cette adaptation, qui réussit à faire vivre sur scène trois histoires fortes et à les réunir dans un final particulièrement touchant. Entre une mise en scène soignée, des comédiennes remarquables et une musique jouée en live qui apporte une vraie richesse au spectacle, "La Tresse" est une belle découverte, qui célèbre avec émotion la force des femmes.
A voir au Théâtre de la Renaissance jusqu'au 10 janvier.
Du Jeudi au samedi à 19h et le Dimanche à 17h
De : Laetitia Colombani
Mise en scène : Johanna Boyé
Avec: Magali Caillol, Laetitia Colombani, Laurent Guillet ou Jean-François Prigent, Blanche Leleu, Marina Pangos, Lara Tavella.
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