C'est l'histoire d'un type qui perd la mémoire à chaque fois qu'il la retrouve. D'un garçon têtu qui veut comprendre pourquoi sans savoir comment. Ou l'inverse. D'un amoureux transi qui ne se souvient plus de qui... Ou alors c'est peut-être la quête d'un homme heureux qui ne veut pas le savoir. La seule chose qui est sûre c'est qu'il s'appelle Paul Palandin, et c'est déjà pas mal.
J'avais découvert "Les Mémoires de Paul Palandin" il y a quelques années au Festival d'Avignon, un peu par hasard. À l'époque, j'avais été très touchée par ce spectacle, mais avec les années, mes souvenirs s'étaient considérablement estompés. Je me rappelais avoir passé un très beau moment, sans être vraiment capable de me souvenir de l'histoire. J'ai donc eu envie de le redécouvrir.
"Les Mémoires de Paul Palandin" est une pièce assez singulière, qui ne se laisse pas apprivoiser immédiatement. Le récit se construit progressivement, à travers une succession de scènes et de flashbacks qui nous permettent, petit à petit, de reconstituer l'histoire. Il faut parfois s'accrocher pour suivre le fil de la narration, tant les allers-retours et les fragments de souvenirs peuvent sembler déroutants. Mais cette confusion est parfaitement volontaire et constitue même l'une des grandes qualités du spectacle. En nous faisant perdre momentanément nos repères, la pièce nous plonge dans l'esprit de son personnage, dont la mémoire semble fonctionner comme un puzzle aux pièces éparpillées. On partage ainsi ses interrogations, ses incertitudes et ses difficultés à remettre de l'ordre dans ses souvenirs. Et c'est précisément cette construction qui rend l'histoire intéressante et, surtout, particulièrement émouvante lorsque les différentes pièces finissent par s'assembler.
J'ai également beaucoup apprécié la mise en scène, qui réussit à créer tout un univers avec finalement très peu de moyens. Quelques panneaux, des déplacements soigneusement orchestrés et de jolis jeux de lumière suffisent à faire apparaître différents espaces et à nous transporter d'une époque à une autre. Il y a quelque chose de presque chorégraphique dans la manière dont les éléments du décor sont manipulés et dont les comédiens évoluent sur le plateau. Certaines transitions entre les scènes sont d'ailleurs particulièrement habiles : parfois, une réplique prononcée à la fin d'une scène est reprise dans la suivante, créant un lien inattendu entre deux moments de l'histoire. C'est une mise en scène à la fois simple et maligne, qui prouve une nouvelle fois qu'au théâtre, il n'est pas nécessaire d'en faire des tonnes pour créer de belles images.
Mais ce qui m'a particulièrement touchée, c'est le personnage interprété par Johann Dionnet. Son jeu apporte beaucoup de sensibilité à cette histoire et permet de s'attacher à cet homme dont on découvre progressivement les souvenirs et les émotions. Il réussit à rendre son personnage touchant, notamment dans ses moments de fragilité et de désarroi. C'est en grande partie grâce à lui que l'on se laisse embarquer dans ce récit pourtant parfois déconcertant.
Et heureusement, malgré la dimension émouvante de l'histoire, le spectacle ne manque pas d'humour ! Celui-ci est notamment apporté par Christophe Canard, dans le rôle du pianiste, personnage absolument hilarant qui apporte une fantaisie bienvenue. Ses interventions permettent d'alléger l'atmosphère et offrent de délicieux moments de respiration au milieu d'un récit qui pourrait autrement devenir assez mélancolique. Ce mélange d'humour et d'émotion fonctionne particulièrement bien et contribue largement au charme du spectacle.
En revoyant "Les Mémoires de Paul Palandin", j'ai donc retrouvé ce qui m'avait séduite lors de ma première découverte : une histoire sensible, une narration originale, de belles idées de mise en scène et des comédiens qui savent nous faire passer du rire à l'émotion. C'est un spectacle qui demande un peu d'attention et qui accepte de nous perdre pour mieux nous retrouver.
A voir à La Scène Parisienne du 25 septembre au 2 janvier
du mercredi au samedi (horaires variables)
Une pièce de Grégory Corre
Mise en scène de Christophe Canard & Constance Carrelet
Johann Dionnet, Laetitia Vercken, Sandra Colombo, Stéphanie Caillol, Matthieu Burnel, Constance Carrelet, Christophe Canard, Jean Franco, Jihane Benlahcen
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