Alix semble avoir tout pour être heureuse : un métier qu’elle aime, un amour solide, un avenir qui se dessine à New-York. Jusqu’à ce qu’un soir d’été, tout bascule. Une soirée romantique qui vire à l’incompréhensible. En quelques heures, la vie d’Alix se fissure, se bouscule, s’impose à elle. Face à Romain, son compagnon déboussolé, à Papini, son grand-père aimant, à un jeune médecin hésitant, et à Claudia, soignante bienveillante, Alix devra affronter ce que la raison refuse d’admettre. Entre tension et tendresse, humour et vertige, Déni explore la fragilité de nos certitudes, la puissance du réel quand il s’invite sans prévenir, et la force insoupçonnée qu’il faut pour renaître quand tout s’effondre. Une nuit qui transformera à jamais le destin d’une femme.
J'aime découvrir un spectacle sans trop savoir ce qui m'attend, et "Déni" en est un bel exemple. Le résumé de la pièce était suffisamment énigmatique pour éveiller ma curiosité, mais j'avais volontairement choisi de ne pas chercher à en savoir davantage. J'ai donc été assez surprise en découvrant le sujet abordé, un sujet difficile et encore rarement traité au théâtre. Je préfère d'ailleurs entretenir le mystère pour permettre aux futurs spectateurs de faire cette découverte à leur tour. Ce que je peux dire, en revanche, c'est que je suis sortie du Théâtre de Paris particulièrement émue.
S'il y a bien une chose que je retiendrai de ce spectacle, au-delà de son sujet, c'est l'extraordinaire performance de Salomé Villiers. Quelle comédienne ! Elle possède ce naturel qui donne l'impression qu'elle ne joue pas mais qu'elle vit véritablement ce qu'elle raconte. Il n'y a rien de forcé ni d'artificiel dans son interprétation : tout sonne juste, avec une sincérité absolument bouleversante.
J'ai également été ravie de retrouver sur scène Thomas Gendronneau, un comédien que j'avais découvert dans le rôle de Glenn, qui lui avait d'ailleurs valu une nomination aux Molières. Il interprète ici un personnage moins central, mais absolument essentiel à l'histoire et, là encore, son jeu mérite d'être salué. Il réussit à apporter beaucoup de nuances à cet homme qui, lorsque l'on prend un peu de recul, est finalement assez détestable. Plutôt que d'en faire un personnage simplement antipathique, il lui donne une véritable complexité. Son monologue constitue d'ailleurs l'un des plus beaux moments du spectacle, aussi bien visuellement qu'émotionnellement. Sans excuser ses comportements, cette scène permet de mieux comprendre ce qui l'a conduit à devenir cet homme. C'est un passage particulièrement réussi qui apporte une autre dimension au personnage.
Si Salomé Villiers occupe naturellement le devant de la scène, il serait injuste de ne pas saluer l'ensemble de la distribution. Tous les autres comédiens font preuve d'une grande justesse et apportent à leurs personnages une crédibilité essentielle à la réussite de cette histoire. Cette qualité d'interprétation est parfaitement mise en valeur par une mise en scène particulièrement réussie. J'ai beaucoup apprécié la manière dont la scène est organisée, avec plusieurs lieux bien délimités et, surtout, un espace central visuellement magnifique. Difficile d'en dire davantage sans dévoiler certains éléments de l'intrigue, mais cette scénographie, aussi esthétique qu'ingénieuse, participe pleinement à la narration et à l'émotion.
Quant à l'histoire, le spectacle prend d'abord le temps de poser son sujet et d'en expliquer les enjeux, avec une première partie parfois un peu didactique. Cette approche permet néanmoins de mieux comprendre la complexité de la situation avant que l'ensemble ne prenne toute son ampleur émotionnelle. Car c'est véritablement lorsque l'on entre dans l'intimité des personnages que la pièce devient particulièrement bouleversante. On se laisse alors complètement emporter par le récit et, surtout, par le destin de cette femme auquel il est bien difficile de rester insensible. Et malgré la gravité du sujet, l'humour occupe une place étonnamment importante dans le spectacle. On rit même assez souvent, ce qui apporte une légèreté bienvenue sans jamais atténuer la portée du propos. C'est aussi ce mélange des registres et cet équilibre entre des moments parfois très drôles et d'autres particulièrement bouleversants qui rend les personnages et leurs réactions si crédibles.
J'ai également beaucoup aimé le choix de ne pas apporter de véritable résolution à l'histoire. C'est forcément un peu frustrant, car on aimerait savoir ce qu'il advient des personnages, mais c'est justement ce qui rend cette fin si intelligente. En refusant de donner une réponse toute faite, la pièce dépasse le destin de sa protagoniste pour prendre une dimension beaucoup plus universelle. Car finalement, ce n'est pas seulement l'histoire d'une femme que l'on nous raconte, mais celle de nombreuses femmes qui pourraient se retrouver confrontées à une situation similaire. Et plutôt que de nous imposer une conclusion, le spectacle nous laisse avec nos propres interrogations. Qu'aurions-nous fait à sa place ? Comment aurions-nous réagi ? Autant de questions auxquelles chacun apportera sans doute des réponses différentes. C'est aussi ce que j'aime au théâtre : lorsqu'un spectacle ne s'arrête pas au tomber de rideau, mais continue de nous accompagner et de nous faire réfléchir bien après.
"Déni" est donc une très belle découverte, un spectacle intelligent et particulièrement émouvant, qui a le mérite de mettre en lumière une réalité dont on parle encore trop peu, sans jamais prétendre apporter de réponses définitives.
A voir au Théâtre de Paris jusqu'au 8 janvier
Du mercredi au samedi à 21h, le samedi à 15h30 et 21h et le dimanche à 15h
Un texte de Sophie Cottin
Mise en scène par Raphaëlle Cambray
Avec Salomé Villiers, Thomas Gendronneau, Raphaëlle Cambray, Michel Papineschi et Geoffrey Couët
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