22 minutes, un seul en scène intense dans lequel Ali prend la parole. Non pour se justifier, mais pour remonter le fil d’un parcours qui mène un enfant humilié à la violence politique. 22 minutes, une histoire fascinante où se confrontent violence et pardon, foi et doute. 22 minutes, un récit sur la radicalisation et la possibilité, fragile, d’une rédemption. Que peuvent changer 22 minutes dans le cours d’une vie ?
Après des années à enchaîner les rôles marquants, aussi bien dans ses propres créations comme "La Machine de Turing" , "La Maison du Loup" ou "Le Secret des Secrets" que dans des textes d’autres auteurs (je garde notamment un excellent souvenir de son interprétation dans "Killer Joe"), Benoît Solès se lance pour la première fois dans l’exercice du seul en scène avec "22 Minutes" .
Dire que Benoît Solès est un immense comédien n’a rien de nouveau. Son talent est reconnu depuis longtemps, mais il continue malgré tout à m'impressionner. À chaque apparition sur scène, je suis frappée par l’intensité qu’il met dans son jeu, par cette capacité à habiter totalement ses personnages. Et c’est évidemment la première chose qui marque à la sortie de ce spectacle : pendant plus d’une heure, il porte seul le récit avec une présence et une énergie remarquables.
Mais la grande force de "22 Minutes", c’est aussi son sujet. Le spectacle revient sur le parcours d'Ali Ağca, le jeune Turc qui tenta d’assassiner Jean-Paul II le 13 mai 1981, place Saint-Pierre à Rome, puis sur la rencontre entre les deux hommes un an et demi plus tard. Le point de départ est passionnant, presque vertigineux : comment un homme en arrive-t-il à commettre un tel acte? Et surtout, comment celui qui en a été victime peut-il vouloir lui faire face?
Le parcours d’Ali Ağca, fait de violence, d’endoctrinement et de manipulations, ne laisse pas indifférent. Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est que l'auteur parvient à nous faire comprendre le cheminement de cet homme sans jamais chercher à l’excuser. Le spectacle reste constamment sur cette ligne de crête délicate: expliquer sans justifier. Et c’est précisément ce qui rend le personnage aussi troublant. On se surprend parfois à éprouver une forme d’empathie, alors même que l’horreur de son geste reste omniprésente.
Le moment le plus attendu est évidemment cette fameuse rencontre de 22 minutes entre le Pape et son bourreau, dont le spectacle tire son titre. Comme aucun des deux hommes n’a jamais réellement révélé ce qui s’était dit durant cet échange, Solès imagine ce dialogue avec beaucoup de liberté. L’idée est passionnante et suscite énormément d’attentes. J’avoue toutefois que je m’attendais à une confrontation encore plus intense émotionnellement, plus bouleversante peut-être.
J’ai également adoré le travail sur les lumières, qui sublime une mise en scène pourtant extrêmement épurée. Avec très peu d’éléments, le spectacle réussit à créer de véritables atmosphères et à faire voyager le spectateur entre différents lieux et différentes époques.
Au final, "22 Minutes" est un spectacle aussi captivant dans son propos qu’impressionnant dans son interprétation. Au-delà du fait historique, la pièce interroge des thèmes universels: le pardon, la foi, l’endoctrinement, la culpabilité ou encore la rédemption. Un seul en scène dense, intelligent et porté par un comédien au sommet de son art. Il s'agit sans aucun doute du meilleur spectacle de Benoît Solès depuis le magnifique "La machine de Turing".
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