Le procès d'une vie

⭐⭐⭐⭐✨

Eté 1971, Marie-Claire, 16 ans, tombe enceinte. Bien que ce soit un crime puni par la loi, elle ne veut pas garder l'enfant. Elle veut avorter. Solidaire, sa mère, Michèle puis Lucette, Renée et Micheline mettent tout en œuvre pour l'aider. Mais l'avortement clandestin tourne mal... Automne 1972. Toutes les femmes se retrouvent inculpées. Une certaine avocate, Maître Gisèle Halimi, orchestrera ce procès, le procès de Bobigny. Leur courage a écrit la suite de l'Histoire.

"Le Procès d'une vie" est de ces spectacles qu'on n'oublie pas. Parce qu’ils remuent, bousculent, et éclairent une part essentielle de notre histoire collective.

Cette pièce est d’abord un hommage vibrant à Gisèle Halimi, figure incontournable du XXe siècle, aux côtés de Simone Veil ou Simone de Beauvoir. Une femme engagée, qui a fait bouger les lignes et ouvert la voie à un féminisme plus combatif.

Mais elle rend aussi hommage aux victimes du procès de Bobigny. Ce procès emblématique, qui a marqué un tournant décisif dans la lutte pour le droit à l’avortement.

Les comédiennes sont remarquables. Chacune donne chair et voix à son personnage avec une justesse saisissante. Et, comme si le public, constamment en tension, avait besoin de respirations, il s’amuse du personnage interprété par Jeanne Arènes qui, par son talent et son sens du rythme, parvient à faire rire même lorsque le propos est grave.

La mise en scène se distingue notamment par son ouverture immersive, qui surprend et capte immédiatement l’attention.

En résumé, un spectacle à la fois fort, nécessaire et profondément humain, qui réussit le pari de nous émouvoir autant qu’il nous instruit. À voir absolument.

 

Au Théâtre des Gémeaux à 14h40

 

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Tout contre la terre

Coup de coeur 

❤️❤️❤️❤️❤️

Camille Beaurain raconte au journaliste Antoine Jeandey le parcours de son mari, Augustin, agriculteur dans la Somme : leur rencontre, leur amour, leur travail à la ferme… Mais aussi, le terrible système qui humilie la paysannerie française : les relations avec la grande distribution, la volatilité des prix, les conditions d’emprunt bancaire… Alors que Camille raconte, les souvenirs reviennent, les scènes se jouent, et elle vit de nouveau les évènements qui provoqueront le tragique départ de son mari.

"Tout contre la terre" est un spectacle d’une intensité rare, de ceux qui vous serrent le cœur et vous bouleversent profondément. Sur scène, Camille confie à un journaliste le récit de sa vie aux côtés d’Augustin, son mari, éleveur porcin: leur amour, leur travail, leur combat quotidien… et peu à peu, la descente aux enfers d’un homme broyé par un système agricole inhumain.

Inspiré du roman autobiographique "Tu m’as laissée en vie", ce spectacle met en lumière la souffrance silencieuse de milliers d’agriculteurs. On y découvre les humiliations infligées par la grande distribution, la précarité financière, l’endettement, l’épuisement. Même l’amour, la tendresse, la fidélité indéfectible de Camille ne suffisent plus à enrayer la spirale. Et pourtant, ce n’est jamais pesant. Parce qu’on rit (beaucoup) grâce à la galerie de personnages secondaires hauts en couleur qui apportent de la respiration au drame. Cette alternance parfaite entre émotion et humour rend le propos encore plus percutant et le spectacle d'autant plus remarquable. 

La mise en scène, d’une grande sobriété, est d’une redoutable efficacité : quelques blocs recouverts de paille suffisent à transformer l’espace, à faire naître la ferme, la cuisine ou le bureau de l'assureur. 

C’est aussi, au-delà de l’histoire intime de Camille et Augustin, une critique puissante de notre société de consommation, du cynisme de certains grands groupes agroalimentaires, et du mépris parfois inconscient envers ceux qui nous nourrissent. On sort du spectacle à la fois bouleversé, révolté, et infiniment reconnaissant.

Porté par une distribution d’une justesse remarquable, "Tout contre la terre" est une pépite de ce festival. Un spectacle nécessaire, vibrant d’amour, d’émotion et d’engagement. À ne surtout pas manquer.

 

Au théâtre de l'Oulle à 10h

 

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Hamlet, la fin d'une enfance

⭐⭐⭐⭐✨

Hamm, 19 ans, a perdu son père il y a deux mois, et sa mère a déjà retrouvé quelqu’un. Cette situation est insupportable. Hamm ne veut plus sortir de sa chambre. Dans une mise en scène immersive, il transforme son lieu en théâtre. Avec sa guitare, ses lumières sculptées, ses figurines, ses marionnettes, son lit, son bureau, son punching-ball et ses musiques (Cure, Pink Floyd, Nick Cave, Mozart etc…), il monte Hamlet. Son univers devient un royaume où fiction et réalité s’entrechoquent. Là où le théâtre est un moyen de résilience pour une jeunesse en manque de repères.

Je ne suis habituellement pas adepte du théâtre classique et les seuls en scène ont souvent du mal à capter mon attention. Pourtant, "Hamlet, la fin d’une enfance" a été un petit coup de coeur. Comme quoi, s'aventurer hors de sa zone de confort réserve parfois de très belles surprises.

Cette adaptation moderne de "Hamlet"  réussit un pari audacieux : rendre accessible un texte que je trouve personnellement difficile d’accès. Le choix de transposer l’histoire à notre époque, à travers le personnage d’Hamm, adolescent confronté à la perte de son père, apporte une résonance particulièrement forte et actuelle.

L’intelligence de la pièce réside aussi dans la sélection des extraits du texte original : les coupes sont pertinentes et permettent de suivre l’intrigue sans jamais se sentir perdu.

Mais ce qui rend le spectacle véritablement unique, c’est son mélange des genres particulièrement réussi : théâtre classique et moderne se croisent avec des marionnettes, des extraits vidéo, du chant, et même de la musique jouée en live à la guitare. L’ensemble crée une expérience riche, immersive et étonnamment cohérente. C’est un spectacle complet, comme j’en ai rarement vu. Il ne manque que les claquettes!

Malgré la dimension tragique de l’œuvre, l'adaptation fait aussi preuve d’audace en intégrant de subtils moments d’humour. Ces respirations, intelligemment dosées, apportent de la légèreté souvent bienvenue.

L’ensemble est porté par une mise en scène inventive, rythmée, et des décors ingénieux où chaque détail semble pensé avec soin.

Enfin, il est impossible de ne pas saluer la prestation de Victor Duez. Sa présence scénique, à la fois intense et profondément sincère, captive du début à la fin. Il habite littéralement son personnage et offre une interprétation saisissante.

En somme, un spectacle audacieux, complet et profondément marquant, qui réconcilie avec le théâtre classique et laisse une impression durable bien après le rideau final.

 

A la Condition des soies à 13h25

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La prochaine fois que tu mordras la poussière

⭐⭐⭐⭐

Dans ce récit profondément intime, l’auteur revient sur son histoire personnelle et sur la relation complexe qu’il entretient avec son père. En filigrane, il aborde son cheminement identitaire, livrant un témoignage sincère, lucide et bouleversant.

"La prochaine fois que tu mordras la poussière"  est un spectacle qui ne peut laisser personne indifférent. Adapté du roman éponyme de Panayotis Pascot par son propre frère, il met en lumière une relation père-fils à la fois conflictuelle, douloureuse mais profondément traversée par l’amour. Ayant lu et beaucoup aimé le livre, j’étais particulièrement curieuse de découvrir ce que la scène pouvait apporter. Sans trop en dévoiler, le choix (aussi audacieux que pertinent) de donner vie au père constitue, à mes yeux, l’une des grandes forces de cette adaptation.

À la qualité d’écriture, déjà unanimement saluée, s’ajoute une mise en scène de Paul Pascot dynamique et inventive. 

Et surtout, le spectacle repose sur un duo de comédiens remarquable. Roméo Mariani est bouleversant : il est d’autant plus impressionnant que cette représentation n’était que sa sixième. On a le sentiment que le texte a été écrit pour lui tant il s’approprie les mots de l’auteur avec une justesse et une sincérité désarmantes. Il traverse les états, les failles et les contradictions de son personnage avec une intensité qui monte crescendo, sans jamais forcer l’émotion.

Si Roméo Mariani capte immédiatement l’attention, Yann Pradal m’a, pour ma part, profondément marquée. Son rôle, en apparence plus discret, est en réalité d’une grande complexité, tant par les choix de mise en scène que par la rareté de ses interventions. Et pourtant, quelle intensité, quelle présence! Chacune de ses interventions semble chargée d’un poids émotionnel considérable.

Intense, crue, profondément émouvante, la pièce "La prochaine fois que tu mordras la poussière" dépasse le simple récit intime pour toucher à l’universel. Elle parle de filiation, d’héritage, de ce que l’on reçoit malgré soi et de ce que l’on tente, parfois maladroitement, de réparer. La scène finale, d’une grande justesse, a visiblement touché la salle : plusieurs reniflements se faisaient entendre autour de moi, signe d’une émotion partagée et difficile à contenir. On sort de la salle secoué, traversé par des émotions contradictoires, avec le sentiment d’avoir assisté à un moment de théâtre rare qui continue de travailler bien après le noir final. Une pièce forte et à voir.

 

Au Théâtre des Halles à 19h

 

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La zone Indigo

⭐⭐⭐✨

Lorsqu’un cachalot équipé d’enregistreurs s’échoue sur la côte atlantique, la bioacousticienne Cléo Marson et son équipe sont chargés d’enquêter sur l’origine de cette tentative d’espionnage. Ils ignorent alors que leurs découvertes pourraient les amener à fuir leur pays, bouleverser l’ordre mondial et mettre des millions de vies en péril.

Ayant adoré les précédentes créations de Mélody Mourey (Les crapauds fous, La course des géants et Big Mother) mon attente avant d'aller voir "La zone indigo" était grande. Heureusement, on retrouve avec plaisir dans ce spectacle tout ce qui fait la signature de l’autrice et metteuse en scène : un vrai sens du rythme, une mise en scène moderne, ainsi qu’un goût affirmé pour les sujets forts. Certes, l’intrigue peut sembler complexe dans sa construction comme dans sa thématique, mais c’est précisément ce qui en fait l’originalité. La pièce invite à réfléchir et à s’interroger sur énormément de sujets sans jamais perdre le spectateur. Le propos, à la fois politique et humaniste pourra peut-être ne pas séduire tout le monde, mais la démarche est audacieuse et pleinement assumée. Cette dystopie est-elle réellement si éloignée de la réalité? En tous cas, c'est clairement le message qui veut être passé. 

Il faut également souligner la qualité de l’écriture souvent teintée d’un humour subtil et de répliques cinglantes bien senties qui font mouche et apportent une respiration bienvenue à l’ensemble. L’émotion n’est pas en reste, certains passages touchant avec justesse.

Portée par une troupe remarquable, la pièce brille aussi par la performance de tous ses comédiens, que ce soit les rôles principaux ou les secondaires. Une mention particulière s’impose pour Ariane Brousse qui confirme ici encore l’étendue de son talent et sa capacité à se réinventer de rôle en rôle.

Dynamique, engagée et captivante, "La zone indigo"  ne laisse aucun temps mort : on ne s’y ennuie pas une seule seconde. Un théâtre au service d’un propos fort et résolument contemporain.

 

Au Théâtre des Béliers à 17h10

 

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La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob

⭐⭐⭐

18 octobre 1973. L’équipe des Aventures de Rabbi Jacob, le film de Gérard Oury avec Louis de Funès dans le rôle principal, attend avec impatience la sortie en salles. Le succès sera planétaire. Ce même jour, une jeune femme détourne l’avion Paris-Nice. Parmi ses revendications : que toutes les bobines du film soient mises sous scellés. 

"La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob", le dernier spectacle de Jean-Philippe Daguerre, s’appuie sur un fait divers méconnu et fascinant, qui constitue indéniablement l’un de ses grands atouts. En mettant en lumière cette femme complexe et fragile, la pièce suscite à la fois l’intérêt et une véritable empathie du spectateur. Sans chercher à l’idéaliser, elle la rend profondément humaine et attachante.

Les comédiens livrent une interprétation sincère qui contribue largement à la crédibilité de l’ensemble. La mise en scène se distingue par une utilisation inventive et très précise des écrans: la qualité des images projetées est saisissante et donne l’illusion de décors réels. Jean-Philippe Daguerre s’aventure ici hors de sa zone de confort, avec une audace qui s’avère être une réussite totale.

L’histoire gagne progressivement en intensité, captant de plus en plus l’attention à mesure que les enjeux se précisent. La volonté de dresser un portrait complet de cette femme, de son couple et de sa lente dérive est compréhensible, même si l’ensemble gagnerait à être un peu resserré. Le mélange des registres, entre humour parfois burlesque, engagement politique, récit historique et drame intime, peut également dérouter, mais il reflète l’ambition de la mise en scène.

La fin du spectacle est particulièrement marquante. Elle ouvre une réflexion sur la dimension tragique de cette histoire et invite à s’interroger sur les véritables raisons de la mort de cette femme, laissant le spectateur avec une impression durable et une matière à réflexion.

"La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob" est donc un spectacle ambitieux, encore en rodage, mais déjà très prometteur. Il séduit par son sujet, la qualité de son interprétation et certaines trouvailles de mise en scène, tout en laissant entrevoir de légers ajustements qui pourraient le rendre pleinement convaincant.

 

Au Chien qui fume à 20h05

 

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Le barbier de Séville

⭐⭐⭐⭐

À Séville, au début du XIXe siècle, Rosine, une jeune fille orpheline, est retenue captive par son tuteur, le docteur Bartholo, épaulé par son cupide bras droit Basile. Promise à un mariage forcé à ses 18 ans, elle tombe amoureuse d’un mystérieux amant qui la courtise en secret. Ce n’est autre que le comte Almaviva qui, aidé de son ancien valet, le malicieux Barbier Figaro, va tenter de la délivrer…

J'ai été très agréablement surprise par cette adaptation pourtant très classique du Barbier de Séville. Même si ce n'est pas le théatre que je préfère, il me semble important que les textes de nos grands auteurs ne tombent pas dans l'oubli et indispensable de les faire découvrir et aimer à tous. Ce défi de taille est relevé haut la main par la troupe des Modits. Ce spectacle plaira à la fois aux amoureux du théâtre classique mais aussi aux néophytes et aux enfants qui seront amusés, en particulier par le rôle de l'odieux docteur Bartholo, magistralement interprété par Michaël Giorno-Cohen (que j'avais déjà énormément apprécié dans "Le Revizor"). Les autres comédiens nous livrent également une performance pleine d'énergie, que ce soit Oscar Voisin (qui interprète le fantasque Figaro), Victor O'Byrne (l'amoureux transi prêt à tous les subterfuges pour atteindre sa bien aimée), ou Alexis Rocamora (tellement parfait dans son rôle de l'antipathique Basile). Enfin, il faut également féliciter Justine Vultaggio qui, non seulement, est très convaincante dans son rôle de Rosine, mais qui signe également une mise en scène intéressante pleine de petites trouvailles astucieuses et toujours très drôles.

Il y a quelques années j'avais acheté un cd qui s'intitulait "j'aime pas le classique mais ça j'aime bien", voilà qui résumait parfaitement mon état d'esprit à la sortie de cette pièce. Un immense bravo à la troupe d'avoir réussi à me faire apprécier Beaumarchais.

 

Au Petit Louvre (Templiers) à 17h30

 

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Un mec cool

⭐⭐⭐✨

UN MEC COOL, c’est quelqu’un qui est mieux que nous, donc c’est normal qu’on paye pour le voir.

 

Guillaume Sentou rêve d’être un mec cool, ce type décontracté qu’on admire pour son aisance naturelle et sa confiance en lui. Mais, comme tout artiste digne de ce nom, il est traversé par ses propres doutes. Je l’avais découvert éblouissant dans des rôles comme ceux d’Edmond Rostand ou d’Auguste Maquet, où il mêlait avec brio humour, charisme et justesse. Son interprétation d’Edmond lui avait d’ailleurs valu un Molière du meilleur comédien. Et pourtant, derrière ce talent éclatant, il se sent ordinaire.

De ce constat est né un spectacle en solo, un récit intime et universel, porté par une écriture subtile et une interprétation d’une grande finesse, entre émotion, juste critique de la société et autodérision. C’est un tournant dans sa carrière : longtemps salué en duo ou en troupe, il choisit ici de se confronter seul au regard du public. Comme un défi lancé à lui-même, et qu’il relève haut la main.

Pour ma part, sa seule présence suffisait à me convaincre de venir. Et je n’hésiterai pas une seconde à retourner le voir sur scène. Je n’ai jamais été déçue.

 

Au Théâtre des vents à 13h55

 

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Le jeu de l'amour et du hasard

⭐⭐⭐✨

Pour sonder la sincérité de Dorante, qu’on lui destine sans l’avoir jamais rencontré, Silvia échange son habit avec sa servante Lisette. Ce qu’elle ignore, c’est que son prétendant a recours au même stratagème avec son valet Arlequin. Ainsi travestis, les deux couples seront donc les dupes de ce jeu de hasard et d’amour orchestré par le père de Silvia et son fils Mario. Parviendront-ils à sortir de ce cruel labyrinthe amoureux ? C’est évidemment tout l’enjeu de ce scénario génial, épuisant pour ceux qui en sont les victimes, réjouissant pour ceux qui les manipulent.

Terminer un festival intense par un spectacle d’1h45 à 21h45 n’était peut-être pas l’idée la plus brillante que j’aie eue. Et je le reconnais volontiers : mon état de fatigue a sans doute influé sur mon ressenti. Car si je n’ai pas été conquise de bout en bout, ce n’est pas tant à cause de la qualité du spectacle, loin de là, que du texte lui-même.
Sur le plan scénique, il n’y a pas grand-chose à redire. Les comédiens livrent une partition très maîtrisée, avec un vrai sens du rythme et une belle énergie. La mise en scène, résolument moderne, joue habilement avec les codes et réussit à dépoussiérer le Marivaux sans jamais le trahir. On sent une vraie proposition, cohérente et inventive, qui donne un coup de jeune à ce grand classique.
Là où je décroche un peu, c’est du côté de l’intrigue. Comme souvent chez Marivaux, les quiproquos amoureux s’étirent, les jeux de masques se prolongent, et la résolution se fait attendre… longtemps. Trop longtemps. La fin, en particulier, m’a semblé ne jamais vraiment arriver.
Mais je dois rester honnête: ce n’est pas tant la faute de la compagnie que de Marivaux lui-même. Si vous aimez l’auteur, ses mécaniques théâtrales et ses dialogues ciselés, cette adaptation vous ravira à coup sûr. Et si vous ne le connaissez pas encore, c’est sans doute l’une des meilleures manières de le découvrir aujourd’hui: dans une version vive, contemporaine, et portée par une troupe investie.

 

Au Théâtre des Lucioles à 15h50

 

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Une bonne bière

⭐⭐⭐

Quatre frères et sœur, que tout oppose, se retrouvent dans leur maison d’enfance pour organiser la mise en bière de leur père. Entre rires, piques et souvenirs, les conflits et les secrets de famille explosent… 

Dire que je suis un public difficile pour les comédies relève presque de l’euphémisme. Autant dire que faire mouche avec moi n’est pas chose aisée. Et pourtant… Cette pièce a réussi le pari. Dès les premières minutes, on sent que les codes du genre sont parfaitement maîtrisés: situations cocasses, dialogues bien ficelés, personnages hauts en couleur... Rien de révolutionnaire sur le papier, mais une redoutable efficacité sur scène.

Il faut dire que la distribution y est pour beaucoup. Mention spéciale à Xavier Martel, que j’avais déjà remarqué et apprécié dans Gagnant-Gagnant et à son acolyte Gilles Dyrek, encore et toujours dans son rôle de loser (pas si loser) tellement attachant. Ici encore, ils confirment leur sens du timing comique et leur présence scénique. L’ensemble du casting fonctionne à merveille, formant un quatuor de personnages volontairement caricaturaux, mais jamais lourds ni agaçants. Juste ce qu’il faut pour embarquer le spectateur dans une mécanique bien huilée.

Certes, certains thèmes abordés, plus profonds qu’il n’y paraît, auraient pu mériter un traitement plus poussé. Mais cela aurait sans doute changé le ton général du spectacle, qui assume pleinement sa légèreté et son envie de faire rire. Et sur ce point, c’est une réussite.

En bref, si vous cherchez un moment de détente, une comédie efficace et bien jouée, n’hésitez pas: cette pièce est faite pour vous. Même les plus grincheux (dont je fais partie) pourraient bien se surprendre à rire. 

 

Au Théâtre du roi René à 17h50

 

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J'ai 8 ans et je m'appelle Jean Rochefort

⭐⭐⭐✨

Rosalie Pierredoux, 8 ans, sent toute la tristesse du monde peser sur ses épaules. Un matin, sans prévenir, Jean Rochefort et sa moustache vont changer son regard.

Difficile de commencer cette critique sans saluer d’emblée la performance éblouissante de Thomas Drelon. Il incarne avec une justesse rare la délicate Rosalie, une fillette qui, du jour où elle se réveille affublée d’une moustache, se persuade qu’elle est Jean Rochefort. Et paradoxalement, c’est ce postiche incongru qui lui permet enfin de s’affirmer, de prendre confiance en elle, et d’embrasser sa différence.

Le spectacle ose le surréalisme, et il faut accepter d’entrée de jeu ses partis pris décalés : oui, une petite fille de huit ans s’exprime comme un académicien ; oui, elle se réveille avec une moustache et arrive à s'exprimer comme Jean Rochefort. Mais une fois cette poésie absurde intégrée, on se laisse emporter par ce récit tendre, drôle et profondément humain.

Entre rires et émotions, cette fable moderne parle de dépression infantile, d’acceptation de soi et du pouvoir de l’imaginaire. Un moment de théâtre singulier, qui touche autant les enfants que les adultes.

 

Au Théâtre des Béliers à 11h50

 

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J'oublie tout

⭐⭐⭐✨

Julien, jeune garçon du sud de la France, entend pour la première fois le rappeur Jul à la radio. Il devient fan, de sa musique, de ses messages, de son mode de vie. Lui, le jeune “chien de la casse” s’identifie dans l’artiste marseillais qui devient une véritable bouée de sauvetage dans sa vie. Un jour dans une église, Julien a une apparition. La vierge Marie lui apprend qu’il porte le même nom que Jul: Julien Marie. Il est l’élu.

Autant être honnête : en entrant dans la salle, j’étais sceptique. Le pitch (un jeune qui devient obsédé par Jul jusqu’à en faire un modèle de vie) me faisait craindre un long monologue plein d’autotune et de références auxquelles je ne comprendrais rien. Et pourtant, j’ai passé un excellent moment.

"J’oublie tout" n’est pas un spectacle sur Jul. C’est un spectacle sur l’admiration, la quête d’identité, le besoin de repères, surtout quand on est jeune. 

Ce qui rend ce choix d’autant plus pertinent, c’est que Jul n’a pas été choisi au hasard : il est l’idole d’une génération entière, et surtout, il vient du même Sud que le comédien. Le lien est personnel, sincère, et donne au spectacle une dimension mi-fictionnelle, mi-autobiographique.

Et si le fond est sérieux, la forme reste légère, vivante, très souvent drôle. Le comédien possède une vraie aisance. Dès l’entrée en salle, il crée une proximité immédiate et sincère avec le public : il salue chacun, improvise, échange. On sent chez lui une générosité et une envie de partage, sans jamais tomber dans la facilité.

Le texte, finement écrit, évite tous les écueils attendus. Inutile d’être fan de Jul (et fort heureusement pour moi, on entend très peu sa musique) pour être touché. Ce n’est pas le chanteur qui est célébré ici, mais ce qu’il peut représenter: un refuge, un cap dans le flou de la jeunesse. Et c’est là que le spectacle devient universel.

L’humour est bien présent, mais toujours dosé avec justesse. On rit souvent, mais jamais au détriment de l’émotion.

Porté par un comédien à la fois naturel, drôle et touchant, "J’oublie tout" est une très belle surprise. Un seul en scène qui émeut, fait sourire et interroge notre rapport à nos propres idoles.

 

A La Factory (Espace Roseaux Teinturiers) à 20h55

 

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Zoom

⭐⭐⭐⭐

L’amour incommensurable d’une mère pour son fils, prête à tout pour lui offrir la meilleure vie possible.

Dans ce texte ciselé et haletant, cette mère courage qui n’a pas les mots, a en revanche aucune limite pour son fils qu’elle embarque sur les routes de France en quête d’un rêve hollywoodien.

Un (presque) seul en scène à 10h du matin, après douze jours intenses de festival : le pari était risqué. Et pourtant, quelle révélation. Avec cette adaptation de Zoom, pièce écrite il y a une quinzaine d’années par Gilles Granouillet, Pamela Ravassard confirme, s’il en était encore besoin, qu’elle est une comédienne et metteuse en scène désormais incontournable du paysage théâtral français.

Difficile de ne pas commencer par sa performance, tout simplement magistrale. Elle incarne, avec une intensité foudroyante, une mère débordante d’amour, de peur, de frustrations, et surtout de rêves projetés. Une femme extravertie, étouffante, qui vit à travers son fils comme on tente de remplir le vide d’une existence déçue. Le portrait est aussi glaçant qu’émouvant, et ce qui frappe le plus, c’est sans doute la transformation complète de la comédienne. Lorsqu’on la voit saluer à la fin du spectacle, calme, douce, lumineuse, on peine à croire qu’elle vient d’incarner cette mère volcanique. Une véritable métamorphose d’actrice.

La mise en scène est d’une grande finesse. Le décor pourrait sembler épuré, mais chaque élément, chaque position, chaque lumière a du sens. Un grand écran blanc trône en fond de scène : sa couleur évolue subtilement au fil du spectacle, reflétant les humeurs du personnage. 

La musique, enfin, distillée avec parcimonie, joue un rôle essentiel. Parsemée de références au cinéma, elle accompagne l’histoire avec justesse, sans jamais l’écraser. Elle fait écho au fantasme de cette mère, qui rêve pour son enfant une carrière sous les projecteurs. Une mère qui veut le bonheur de son fils, mais à travers une vision totalement façonnée par ses propres manques.

Zoom est un spectacle bouleversant, dérangeant parfois, mais toujours juste, porté par une comédienne incandescente et une mise en scène parfaitement maîtrisée.

Un moment rare à ne pas manquer.

 

Au Théâtre du Girasole à 10h

 

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Gagnant-gagnant

⭐⭐⭐

A la fois parodie de convention d'entreprise (avec un festival de loupés : problèmes techniques, dérapages verbaux, démissions en direct, interventions des syndicats, etc.) mais aussi véritable pièce de théâtre, car les discours se succèdent et créent une vraie histoire.

Bienvenue dans le monde merveilleux de l’entreprise… ou plutôt dans sa version la plus déjantée ! Avec Gagnant-Gagnant, le public est plongé dans une grande convention professionnelle où, très vite, tout dérape: les bugs techniques s'enchaînent tout comme les révélations croustillantes. Une satire enlevée qui fait mouche.

L’auteur de la pièce, également comédien principal, incarne avec brio un loser d’une maladresse sans nom, qu’il pousse jusqu’à l’absurde avec une precision réjouissante. Autour de lui, les autres comédiens, tous très convaincants, endossent plusieurs rôles avec une belle aisance et contribuent à maintenir un rythme soutenu tout au long du spectacle.

Certes, c'est un humour assez classique, mais force est de constater que ça fonctionne: les rires fusent dans la salle, les situations absurdes s’enchaînent sans temps mort, et certains passages sont franchement irrésistibles.

En somme, Gagnant-Gagnant est une comédie efficace, populaire, calibrée pour plaire au plus grand nombre. Une soirée sans prise de tête, parfaite pour ceux qui aiment les parodies bien rythmées et les fous rires en cascade.

 

A la Condition des soies à 18h55

 

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Les oubliées de Londres

⭐⭐⭐⭐

Londres 1888. Dans une ruelle de Whitechapel, une femme est assassinée dans l’anonymat de la nuit. Qui ? Quand ? Pourquoi ? À Scotland Yard, Warren le chef de la Police, peu inquiété par le meurtre d’une prostituée, tarde à ouvrir une enquête alors que la presse s’empare déjà de l’affaire. D’un simple badaud à la reine d’Angleterre, tout le monde veut mettre la main sur celui qui se fait appeler « Jack ». Aux premières loges, derrière les rideaux d’une maison close, un groupe de femmes s’organise : trouver le meurtrier, avant qu’il ne les trouve. Et si pour une fois, les héroïnes de l’histoire, c’étaient elles ?
Inspirée de crimes réels, cette comédie à l’anglaise vous plonge en pleine ère victorienne au cœur du fait divers le plus connu de l’histoire.

"Demain tout le monde aura oublié" est une comédie policière qui, sous des dehors légers, déstabilise et interroge. Si le ton peut d’abord sembler presque potache, le propos, lui, est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît.

L’humour repose en grande partie sur le personnage du chef de Scotland Yard, brillamment interprété  par Benjamin Alazraki, hilarant de bout en bout. Ce parti pris n’est pas anodin : il souligne l'impuissance (voire l'aveuglement) des autorités de l'époque. 

Mais ce qui fait toute l'originalité de la pièce, c’est que ce sont les rôles féminins qui apportent le sérieux, l’émotion, la dignité. Ces femmes (invisibilisées parce que femmes, méprisées parce que prostituées) deviennent ici les véritables héroïnes.

Le spectacle s’empare du mythe de Jack l’Éventreur pour en renverser la perspective : ce ne sont plus les crimes qui fascinent, mais les victimes qu’on refuse de voir. Il en résulte une critique fine de la presse sensationnaliste et du voyeurisme collectif, d'ailleurs toujours d'actualité. 

La mise en scène, d’une grande précision, fonctionne comme une mécanique bien huilée. 

Certes, certaines scènes peuvent déstabiliser. Mais cette alternance entre comique et tragique est assumée, et fait toute la richesse de la proposition. "Demain tout le monde aura oublié" n’est pas une comédie comme les autres : c’est une pièce résolument moderne, audacieuse et percutante. Et la scène finale, d’une intensité rare, vient clore le tout avec force.

Un spectacle drôle et très surprenant.

 

Au Théâtre du Roi René à 15h45

 

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Le toit du monde

⭐⭐⭐⭐

Paris, 1945. Henry Vernot est à la recherche de son frère Antoine, disparu sans laisser de trace. Le seul moyen de le retrouver, c’est de mettre la main sur un tableau, ou plutôt ce qu’il y a à l’intérieur… Victime d’un passé qu’il aimerait oublier, la recherche de son frère va exhumer une vérité honteuse qu’il aurait aimé garder secrète. Paris, 1945. C’est l’histoire d’Antoine et Henry Vernot.

L’un des grands plaisirs du festival d’Avignon, c’est cette possibilité de tomber un peu par hasard sur des petites pépites, souvent dans des lieux plus discrets. On y atterrit parfois après avoir été tracté dans la rue, sur la recommandation d’un voisin de file d’attente, ou parce qu’on reconnaît un comédien aperçu dans un autre spectacle quelques années auparavant. C’est ainsi que je me suis retrouvée un matin à 10h à l’Espace Saint Martial… et que j’ai eu une très belle surprise.

Même si le contexte de la Seconde Guerre mondiale a été maintes fois exploré au théâtre, le traitement proposé ici se distingue par son originalité et sa finesse. Résistance, amour interdit, Vichy, devoir de mémoire: tous les ingrédients étaient réunis pour me captiver. La mise en scène, d’une grande simplicité, fait preuve d’une vraie ingéniosité. Les deux comédiens sont remarquables: Romain Poli, tout en sobriété et intensité, et Malou Gilbert, impressionnant de justesse et de polyvalence, incarnant avec brio une galerie de personnages aux registres très contrastés.

Ce n’est pas un spectacle où l’on rit, mais un spectacle qui bouleverse, qui révolte, et qui tient en haleine du début à la fin. Et puis il y a ce final, que je ne dévoilerai pas, mais qui m’a profondément marquée par sa force et son intensité.

Bref, une vraie belle découverte. Un spectacle que je recommande vivement, aussi poignant que pertinent.

 

A l'espace Saint Martial à 14h35

 

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Made in France

⭐⭐⭐⭐

Après tout ce temps passé à l’attendre derrière les barreaux, ça y est, Emile a obtenu sa peine aménagée. Dès demain, il passera ses journées à l’usine et ses nuits en centre de détention, de quoi rêver d’une sortie rapide pour bonne conduite. Problème : l’usine où il s’apprête à travailler délocalise. Émile n’a plus le choix : pour se sauver, il faut qu’il devienne le meilleur des syndicalistes, sauve l’usine, ses collègues et, peut-être, au passage, le pays tout entier. Made in France est un spectacle qui raconte le combat d’hommes et de femmes prêts à tout pour sauver l’industrie française... enfin... à tout, sauf à faire quelque chose.

Avec "Made in France", la compagnie La Poursuite du Bleu confirme son engagement artistique et citoyen. Après le remarquable "Coupures", elle revient avec une nouvelle création à la fois percutante et drôle. Le titre annonce la couleur: il sera question de politique et de société sur fond de désindustrialisation.

Servie par une écriture affûtée et un jeu d'acteurs toujours aussi juste, la pièce mêle intelligemment humour et réflexion. On retrouve cet humour qui faisait déjà le charme de leur précédent spectacle. La mise en scène, d'une grande ingéniosité, repose sur très peu d'éléments: une batterie (qui symbolise à la fois le vacarme des machines, la révolte ouvrière et permet de réaliser des effets sonores) et quelques grands panneaux noirs suffisent à recréer l’univers de l’usine.

Tout démarre par un savoureux quiproquo qui plonge le personnage principal dans une usine en grève, menacée de fermeture et de délocalisation. Ce point de départ donne aux auteurs l’occasion de tirer à boulets rouges sur tout un système: le patronat, les politiques, les investisseurs, les syndicalistes… Personne n’est épargné.

"Made in France" est une comédie politique aussi réjouissante qu'engagée. Elle amuse, révolte, interpelle et séduit. Les salles sont pleines, le public conquis, et les listes d’attente s’allongent. Un succès pleinement mérité.

 

Au Théâtre 11 à 11h55

 

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Un soupçon d'amitié

⭐⭐⭐⭐

À quel moment la loyauté doit-elle s’incliner devant la suspicion ? Voilà la question à laquelle Daniella et Louis sont confrontés.
Nous sommes en Argentine, en décembre 1961.
On frappe à leur porte. Simon, un inconnu, vient faire des révélations sur Joachim, l’ami qui leur est le plus cher, celui qu’ils considèrent comme un frère…
Et vous, que feriez-vous si votre meilleur ami était suspecté des pires atrocités ?

Ce spectacle réunit tous les ingrédients d’une véritable réussite: un sujet passionnant, une mise en scène élégante, et une distribution d’une grande justesse. Il ose aussi un savant mélange des genres, alternant entre théâtre, danse et chant. Ces respirations musicales, portées avec grâce par Ariane Brousse, apportent une touche de poésie. La comédienne passe avec une aisance remarquable d’un registre à l’autre, tout en gardant une sincérité de jeu qui touche en plein cœur.
J’ai été embarquée par l’histoire, dont la tension dramatique se construit crescendo, jusqu’à un final d’une intensité saisissante. 
C’est du beau théâtre, intelligent, sensible et brillamment interprété qui mérite un grand succès dans ce off.

 

Au Théâtre Actuel à 19h35

 

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Le chant des lions

⭐⭐⭐⭐✨

Les histoires d’amour finissent souvent mal. Mais certaines changent le cours de l’Histoire.

1933. Germaine Sablon, l'une des chanteuses les plus populaires de la capitale, se produit dans un cabaret. Dans le public se trouve Joseph Kessel, journaliste, auteur, aviateur et aventurier. Leur coup de foudre est immédiat mais la guerre arrive et transforme la vie de ces deux amants.

Aujourd’hui, toutes les chansons de Germaine Sablon sont tombées dans l’oubli... Toutes, sauf une. celle qu’ils ont créée ensemble : Le Chant des partisans.

Mon premier véritable frisson du festival, je l’ai ressenti lors de la scène finale du "Chant des lions". Une scène intense, à la fois sobre et bouleversante, qui vient clore un spectacle brillant qui, dès les premières minutes littéralement emportée.

Il faut dire que tous les éléments étaient réunis pour me séduire: un récit historique passionnant, une mise en scène signée Charlotte Matzneff, et un texte coécrit par Julien Delpech et Alexandre Foulon, duo d'auteurs que j’avais déjà adoré dans Les Téméraires. Mais "Le Chant des lions" ne se contente pas de cocher les bonnes cases, il va au-delà. 

J’ai absolument tout aimé dans cette pièce. Les comédiens sont remarquables de justesse et la voix de Vanessa Cailhol, à elle seule, pourrait résumer l’émotion de ce spectacle: douce, vibrante, chargée de douleur et d’espoir.  L’histoire, qui mêle faits réels et fiction romanesque, est aussi instructive que haletante.

La mise en scène est, à mes yeux, le travail le plus abouti de Charlotte Matzneff. L’espace est exploité avec intelligence et chaque déplacement semble chorégraphié avec précision. Mais ce qui rend ce spectacle véritablement unique, c’est l’utilisation du talent de Mehdi Bourayou. Ici, pas de bande-son enregistrée : il crée en direct la musique et les bruitages, grâce à une multitude d’objets sonores technologiques, tout en interprétant plusieurs rôles. C’est une performance discrète mais essentielle, qui rend ce spectacle totalement unique.

Mêlant Histoire, aventure, amour, drame, suspense, et même cabaret, "Le Chant des lions" nous plonge dans la Seconde Guerre mondiale à travers une fresque sensible et passionnante. Le public ne s’y trompe pas : la salle est comble à chaque représentation. Un spectacle magnifique que je recommande sans la moindre hésitation.

 

Au Théâtre des Gémeaux à 18h

 

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Fin, fin et fin

😳😳😳😳

La folle aventure de trois ami.e.s qui sont allé.e.s pique-niquer pendant la fin du monde.

Je crois bien avoir assisté au spectacle le plus indescriptible de ce festival. Une expérience théâtrale déroutante, excessive, absurde et profondément singulière. Le genre de proposition qui divise, qu'on adore ou qu'on déteste, mais qui ne laisse pas de marbre. Impossible pour moi de lui attribuer une note, mais tout aussi impossible de ne pas en parler.

Les comédiens, jeunes et talentueux , déploient une énergie hallucinante. Ils se jettent dans cette histoire avec un mélange de folie assumée et d’intelligence comique. C’est surprenant, souvent absurde, mais drôle, vraiment drôle.

Quant à l'histoire… que dire ? Avec "Fin, fin et fin", l’auteur ne se contente pas de bousculer les codes du théâtre, il les piétine. Ce spectacle ne ressemble à rien de connu. Peut-être même ne ressemble-t-il à rien du tout. Et pourtant, c’est d’une précision remarquable, foisonnant de trouvailles, d’humour, de chaos savamment orchestré, et d’une certaine profondeur malgré les apparences. 

Alors oui, certains spectateurs resteront totalement hermétiques à cette proposition radicale. D’autres y verront un coup de génie. Mais une chose est certaine: "Fin, fin et fin" ne laissera personne indifférent.

 

Au Théâtre des Béliers à 22h45

 

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Y'a de la joie

⭐⭐⭐✨

Avant ça, j’avais essayé le bonheur avec un grand B : celui d’Instagram, des citations inspirantes et des méthodes de développement personnel. Résultat : j’ai coché toutes les cases… sauf celle du bonheur. Alors j’ai tenté de comprendre. J’ai lu, testé, et fait des rencontres… étonnantes ! Et je vous embarque dans cette quête drôle, sensible, et surtout joyeuse !

Michael Hirsch, c’est ce type doux, drôle et terriblement attachant qu’on a instinctivement envie d’écouter. Alors, difficile de résister à l’appel de son nouveau spectacle. Figure désormais familière du public avignonnais, il revient avec un seul en scène à la fois profond, tendre et délicatement drôle. Révélé au grand public notamment grâce à son rôle marquant dans Le Montespan, il confirme ici toute l'étendue de son double talent : c'est un excellent comedien et un auteur à la plume fine et intelligente. Dans ce spectacle, sans doute le plus personnel de sa carrière, Hirsch délaisse en grande partie les jeux de mots qui faisaient sa marque pour s’interroger sur une question aussi universelle que vertigineuse: "comment trouver (ou retrouver) la joie de vivre?". Le propos, nourri de vraies recherches scientifiques et philosophiques, est accessible. On rit souvent, on sourit beaucoup. Certains passages gagneraient peut-être à être plus resserrés, mais ces légers flottements n’entament en rien la sincérité du propos. Il en ressort une belle envie de savourer les petites choses, d’ouvrir nous aussi un petit carnet… Bref, de vivre.

 

Au Théâtre des Lucioles à 10h

 

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Manuel de la jeune mariée 1957

⭐⭐⭐⭐

Nous sommes en 1957. À la veille de leur mariage, cinq futures mariées étudient consciencieusement un manuel de bonnes convenances qui leur distille de précieux conseils. Un joyeux témoignage du chemin parcouru.

J’ai adoré ce spectacle, car il réunit tout ce que j’aime : beaucoup d’humour, une émotion bien dosée, et surtout, un vrai propos. Ce qui m’a frappée d’abord, c’est l’intelligence de l’écriture. Sans jamais sombrer dans le militantisme ni dans la provocation gratuite, la pièce, écrite par Virginie Lemoine, se révèle profondément féministe. Sous les conseils rétrogrades du manuel, qui prônent une soumission totale des femmes à leur mari, se cache une critique fine et acérée de la société patriarcale des années 50, où la femme était reléguée au rang de faire-valoir, de ménagère ou de mère au foyer, sans autre ambition permise. Il y a de quoi être terrifié en voyant la condition des femmes il y a à peine 70 ans, mais c’est aussi porteur d’espoir : la société a évolué, même si le chemin reste encore long.

C’est brillamment écrit, c’est extrêmement drôle, et la mise en scène, précise et inventive, sert à merveille le propos. Quelques chansons viennent ponctuer le récit, portées par l’harmonie vocale des cinq comédiennes, toutes excellentes, et accompagnées en direct par le talentueux Stéphane Corbin. Pipe au bec, ce dernier s’amuse aussi à incarner, avec malice, les rares personnages masculins. 

En somme, un spectacle complet, porté par une distribution sans faille, à la fois mordant et émouvant, qui réussit à faire rire tout en faisant réfléchir. Ne vous laissez pas dérouter par les premières minutes, c'est un petit bijou à ne surtout pas manquer !

 

Au Théâtre Actuel à 13h45

 

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L'affaire du tueur de l'ombre

⭐⭐⭐✨

Le tueur de l’ombre est l’insaisissable meurtrier qui sévit au début des années 70 et répand la terreur dans la petite ville de Nogent-sur-Oise. Sa particularité : il ne tue que des femmes brunes en pleine nuit.

Amateurs de faits divers, ce spectacle est fait pour vous ! Connaissez-vous "Le tueur de l’ombre" ? Pour ma part, c’était une découverte, car ce criminel a sévi dans les années 70, à une époque où l’ADN n’était pas encore utilisé et où le concept même de "tueur en série" commençait à peine à émerger. Dans un tel contexte, résoudre une enquête aussi complexe relevait presque de l’impossible, surtout face à un tueur aussi méthodique.

Ce personnage a véritablement semé la terreur parmi les femmes de la région de Nogent-sur-Oise. Et il aura fallu la détermination sans faille d’un enquêteur, prêt à mettre en péril sa propre vie de famille, pour parvenir à l’identifier. C’est cette traque haletante que le spectacle nous retrace, du début à la fin.

Même si le rythme peut parfois sembler un peu lent (à la manière de l’émission "Faites entrer l’accusé"), l’histoire reste captivante et on a envie de savoir comment la vérité a fini par éclater. J’ai aussi beaucoup apprécié la mise en scène, notamment l’utilisation des ombres et de la vidéo, très réussie. Mention spéciale également pour le travail sur les costumes : les comédiens incarnent plusieurs rôles et changent de tenue en un éclair. J’ai même été surprise de constater qu’ils n’étaient que cinq sur scène ! Une belle performance, à saluer.

 

A la Présence Pasteur à 16h20

 

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Marius

⭐⭐⭐✨

Marius aide son père César, bourru et bonhomme, à tenir son bar juste à côté de l’étal de coquillages de la petite Fanny. Pourtant l’envie de prendre la mer l’obsède. Marius & Fanny sont complices depuis leur enfance… jusqu’au jour où le grand trois mats Le Malaisie fait une courte escale à Marseille. L’appel du large, du coeur, de la famille, autant de sirènes aux chants dissonants...

Il fallait oser s’attaquer au monument pagnolesque qu’est Marius mais Jean-Philippe Daguerre a relevé ce défi avec respect et brio. Honte à moi: je ne connaissais absolument rien de cette histoire emblématique de la trilogie marseillaise, et c’est donc en spectatrice « ignorante » que je me suis laissée embarquer.

Dès les premières scènes, on sent l’amour du metteur en scène pour cet univers. Par ailleurs, certaines scènes méritent une mention particulière: la partie de cartes, évidemment, moment de comédie savoureuse et d’énergie collective; mais aussi les échanges entre César et son fils Marius, où l’émotion affleure sous l’humour; et bien sûr cette magnifique déclaration d’amour entre Marius et Fanny, jouée tout en retenue et en pudeur, ce qui la rend d’autant plus touchante.

Les comédiens servent parfaitement cette adaptation. Ils forment un ensemble cohérent et vivant, mais on ne peut passer sous silence la performance de Romain Lagarde qui compose un César à la fois truculent et profondément humain. Sa présence scénique donne de l’épaisseur au personnage sans jamais tomber dans la caricature. Juliette Béhar et Geoffrey Palisse nous émeuvent tant leur histoire d'amour semble sincère et Teddy Melis, que j'avais déjà adoré dans "Le voyage de Molière", incarne un Palisse aussi drôle et maladroit que touchant.

Je ne suis pas, à la base, une grande admiratrice de l’univers de Pagnol. C’est dire combien cette adaptation m’a surprise. Malgré quelques longueurs ici ou là, sans doute inévitables dans un texte aussi ample, on ressort du théâtre avec le sentiment d’avoir assisté à une véritable (re)découverte d’un classique. Une réussite qui donne envie de replonger dans toute la trilogie marseillaise et qui ravira ses amateurs. 

 

Au Chien qui fume à 9h50.

 

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Le dernier cèdre du Liban

⭐⭐⭐✨

Eva, très intelligente mais surtout très en colère, est une jeune pensionnaire du Centre d’Éducation Fermé pour mineurs de Mont de Marsan.

Abandonnée à la naissance, elle ne connait rien de ses parents.

Pourtant, ce jour-là, convoquée chez le notaire, elle reçoit son héritage : des dizaines de micro cassettes et un dictaphone – la voix de sa mère sur des heures et des heures d’enregistrement.

La pièce "Le dernier cèdre du Liban"  séduit à la fois par la richesse de son récit, la force de son propos mais aussi la performance des comédiens: l'actrice incarnant la mère y livre une prestation remarquable, pleine de justesse et de présence scénique; celle qui joue la fille, tout en sensibilité, donne à son personnage une sincérité touchante. Enfin, un troisième comédien complète la distribution en interprétant une galerie de personnages qui viennent enrichir et rythmer le récit et apporter un peu de légèreté. 

Le spectacle prend des allures de récit d’aventure : le spectateur suit le parcours d’une journaliste de guerre passionnée, dont les choix professionnels bouleversent profondément la vie personnelle. À travers ce destin individuel se dessinent les drames d’une époque. La pièce aborde sans détour les horreurs de la guerre au Moyen-Orient au XXᵉ siècle : pertes irréparables, violence extrême, jusqu’à une scène marquante où l’héroïne subit l’enfermement et la torture. Cette dureté n’est jamais gratuite : elle rappelle le prix du témoignage, le courage d’informer, et la nécessité de laisser une trace. L’œuvre interroge aussi la transmission, l’héritage émotionnel et les blessures collectives qui traversent les générations.

Si l’émotion ne m’a pas toujours pleinement atteinte tant le rythme est soutenu et l'histoire dense, elle reste palpable à travers le texte et l’interprétation. "Le dernier cèdre du Liban"  est une œuvre forte et sensible, qui plonge le spectateur au cœur des tragédies de l’Histoire tout en racontant, avec humanité, une histoire de filiation.

Un spectacle dur mais profondément humain, à découvrir.

 

Au Théâtre des Béliers à 10h

 

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La promesse de l'aube

⭐⭐⭐⭐

Si La Promesse de l’Aube est le parcours extraordinaire d’une mère qui a sacrifié sa vie pour que son fils perdu au fin fond de la Pologne devienne l’un des plus grand écrivains français, la Promesse de Tigran Mekhitarian, c’est de raconter cette folle aventure sur scène à trois comédiens avec toute son intensité et sa passion.

Ceux qui me lisent depuis longtemps savent combien j’admire le travail de Tigran Mekhitarian, aussi bien comme comédien que comme metteur en scène. J’attendais donc avec impatience son adaptation de "La Promesse de l’aube"  de Romain Gary. Le projet relevait d’un véritable défi pour celui qui s’est fait connaître par ses relectures modernes de Molière puisque le spectacle a été monté en seulement quelques semaines à partir d’un roman d’une grande densité. Les coupes, inévitables, ont été faites avec une remarquable intelligence: à aucun moment le spectateur n’a le sentiment d’une histoire tronquée.

Sur scène, on retrouve une pièce de grande qualité, portée par tout l’amour que Mekhitarian voue à ce texte qu’il qualifie lui-même de "plus beau livre du monde", un roman qui semble résonner profondément avec sa propre histoire. Tour à tour habité et émouvant, ce dernier livre une interprétation empreinte de sobriété, tout en conservant ce phrasé si caractéristique de son jeu. Delphine Husté campe une mère à la fois agaçante, envahissante et bouleversante, brûlant d’un amour inconditionnel pour son fils. Léonard Stefanica, quant à lui, relève brillamment le défi d’interpréter tous les rôles secondaires tout en accompagnant la pièce au violon, apportant une dimension musicale d’une grande justesse.

Moins moderne que ses précédentes adaptatios, ce spectacle n’en porte pas moins la "patte Mekhitarian", notamment dans une scène de danse hypnotisante qui lui confère une touche singulière.

En somme, un spectacle sensible et sincère, à la fois fidèle à l’esprit du roman et accessible à ceux qui souhaiteraient le découvrir pour la première fois.


A La Factory espace Roseaux teinturiers à 13h10

 

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Jacques et Chirac

⭐⭐⭐✨

Entre les Guignols, Mediapart et les MontyPython, un biopic sur Chirac qui se fait heurter par les dossiers noirs de la République.

Il est assez rare que je sorte d’une comédie en ayant souvent ri, et pourtant, Jacques et Chirac a réussi cet exploit. Mais attention, ne vous méprenez pas : ce n’est pas une simple pièce légère. C’est avant tout une comédie politique incisive, qui nous invite à revisiter le parcours de notre ancien président sous un angle à la fois drôle et critique.

Dès le début, le ton est donné. On découvre un Chirac loin du héros consensuel, un homme entaché de nombreuses zones d’ombre : affaires de pots-de-vin, gestion controversée de la politique africaine, convictions parfois bien opportunistes, trahisons politiques… la liste est longue et ne fait pas dans la demi-mesure.

On pourrait regretter que le spectacle ne cherche pas à nuancer ce portrait en évoquant aussi les aspects plus sympathiques ou humains du personnage, mais ce parti pris à charge ne nuit pas à la pertinence du propos. Au contraire, s’il est juste, il est souvent choquant. Pour contrebalancer cette lourdeur, la mise en scène mise sur l’absurde et un humour léger, qui dédramatisent parfaitement le tout sans pour autant minimiser la portée du message.

Les comédiens sont remarquables, donnant vie à ces figures politiques avec un mélange de justesse et de fantaisie. La mise en scène est particulièrement soignée, et l’usage de la vidéo est une réussite : pubs d’époque, fausses émissions télévisées, images d’archives, tout contribue à nous replonger avec humour et efficacité dans les années Chirac.

Ce spectacle est à voir pour tous ceux qui aiment un théâtre engagé, mêlant satire et histoire politique, mais les fans inconditionnels du personnage pourraient ne pas apprécier la charge !

 

Au Théâtre de la Luna à 13h15

 

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Nos histoires

⭐⭐⭐⭐

Vicky, une Québécoise vivant à Paris, fait la rencontre de Maxime. Sans le savoir, ils vivent tous les deux une relation d'emprise. Vicky avec son amoureux et Maxime avec sa mère qui est aussi sa patronne. Ils vont s'aider dans leur quête de liberté. Nos histoires ouvre une porte sur les relations toxiques et les rôles que nous prenons, sur nos choix. Être libre ou prisonnier. Comment se réapproprier son histoire ?

J’ai été profondément touchée par ce spectacle. Cette découverte inattendue s’est révélée être une véritable claque émotionnelle.

Au premier abord, l’histoire semble s’orienter vers une comédie romantique légère : la rencontre improbable entre une Québécoise pétillante, débordante de vie, et un serveur bougon à l’humour grinçant. Mais très vite, le ton change, et l’on comprend que le propos de la pièce est bien plus complexe et sombre qu’il n’y paraît. Sous les apparences d’un duo léger se cache une réflexion fine et bouleversante sur l’amitié, la dépendance affective, l’emprise et les relations toxiques, en somme, sur les ravages d’un amour destructeur.

Les deux comédiens livrent une interprétation très juste. Leur jeu, d’une grande sincérité, oscille avec finesse entre légèreté et intensité dramatique. Certaines scènes, particulièrement dures, nous saisissent au cœur, mais jamais par excès : tout est dosé, retenu, d’une vérité désarmante. On suit avec émotion l’évolution de cette relation ambiguë, où les personnages deviennent tour à tour confidents, miroirs et témoins de leurs propres blessures. Chacun perçoit la détresse de l’autre sans parvenir à reconnaître la sienne, ce qui rend leur lien d’autant plus bouleversant.

La mise en scène accompagne merveilleusement le jeu des acteurs. Les choix musicaux, notamment lors des scènes de tension ou de colère, renforcent l’intensité du moment sans jamais la surcharger. Tout concourt à créer une atmosphère à la fois intime et percutante.

En sortant, on reste habité par cette histoire, à la fois belle et douloureuse, qui interroge notre manière d’aimer et de nous laisser aimer. Je vous recommande vivement ce spectacle, qui ne laissera sans doute personne indifférent.

 

Au Théâtre des Lucioles à 21h

 

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M.O.L.I.E.R.E

⭐⭐⭐

Astucieux acronyme de MOLIERE, ce spectacle, tout en astuces, nous fait traverser la vie et l’œuvre de celui qui fut sans aucun doute le plus joyeux, le plus fougueux, le plus malin, le plus fou et le plus fort de tous les gens de scène.

Et pour retracer de manière bien subjective (quoique instruite) le parcours de Jean-Baptiste, ces figures puisent aux mots des personnages de Molière.

M.O.L.I.E.R.E est un spectacle généreux et foisonnant, porté par trois comédiens remarquables, débordant d’énergie et dotés d’un sens comique impressionnant. L’idée de raconter la vie de Molière en y insérant des scènes de ses œuvres est particulièrement séduisante : elle permet à la fois de (re)découvrir ses pièces et d’en apprendre davantage sur son parcours. Certains moments sont franchement hilarants, notamment les apparitions de Louis XIV, absolument irrésistibles. La présence du musicien sur scène, avec ses sonorités électro, apporte une touche de modernité bienvenue et dynamise l’ensemble. La mise en scène, la folie communicative des comédiens et l’écriture soignée contribuent à faire de ce spectacle une proposition originale et ambitieuse, où les scènes de Molière s’intègrent avec finesse.

Néanmoins, cette abondance d’idées et d’énergie donne parfois au spectacle un aspect légèrement brouillon. La durée conséquente accentue cette impression et peut entraîner quelques longueurs, faisant ponctuellement retomber l’attention du spectateur. Un rythme plus resserré et une structure davantage épurée auraient sans doute permis de gagner en fluidité et en efficacité, sans rien enlever à la créativité de l’ensemble.

 

Au Théâtre du Girasole à 17h05

 

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Lisa

⭐⭐⭐✨

Nicolas Devort est un artiste au talent quasi unique dans le paysage théâtral contemporain. Seul sur scène, avec pour seuls « accessoires » son corps, sa voix et son incroyable présence, il parvient à créer tout un univers. Son spectacle nous entraîne dans l’histoire de Lisa, une adolescente d’aujourd’hui confrontée à un bouleversement majeur, un monde qui s’écroule autour d’elle.

Au premier abord, le récit pourrait sembler être celui d’une adolescente en quête de sens, d’identité, comme on en voit souvent. Pourtant, il s’agit bien plus que cela : le sujet, d’une grande profondeur, explore des thématiques universelles, sensibles et actuelles, qui touchent au cœur de nos existences. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la découverte, mais sachez que chaque moment sur scène résonne bien au-delà des apparences.

La mise en scène, d’une grande précision, est une nouvelle fois une démonstration du talent de Devort. Tout est millimétré : chaque mouvement, chaque regard, chaque silence est pensé pour maximiser l’émotion et l’impact sur le spectateur. C’est un théâtre d’une rare intensité, où la simplicité apparente masque une maîtrise technique et artistique impressionnante.

La performance de Nicolas Devort est tout simplement de haut vol. Son engagement total, sa capacité à incarner plusieurs personnages et à faire vivre une histoire complexe seul sur scène forcent le respect. On est littéralement happé, tenu en haleine, suspendu à chacun de ses gestes, de ses mots.

Ce spectacle est une véritable leçon d’art théâtral où l’on comprend que, parfois, le minimalisme est la clé pour toucher au plus profond. Un seul comédien, un plateau nu, et pourtant une émotion immense, une puissance rare.

Je ne peux que vous encourager vivement à découvrir cette pièce.

 

Au Théâtre des Corps Saints à 16h30

 

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Tom

⭐⭐⭐✨

J'ai été très touchée par ce spectacle. Sa thématique est sensible puisqu'il traite des enfants placés en familles d'accueil. Et ce qui est très intéressant est que l'on aborde le point de vue de l'enfant placé, des parents "adoptifs" et des enfants de la famille d'accueil. Chacun à son échelle souffre de la situation. Le fameux Tom, évidemment, abandonné par ses parents biologiques, Achille le nouveau frère, qui a peur de se faire prendre sa place, et les parents d'Achille qui veulent essayer de guérir cet enfant, parfois maladroitement. Si le sujet mériterait d'être approfondi (impossible malheureusement en une heure dix), la pièce n'en reste pas moins une pièce très émouvante et les acteurs, en particulier les deux jeunes, sont convaincants. Ce spectacle est une très belle surprise.

 

Au Théâtre Episcène à 14h30

 

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Michelle, doit-on t'en vouloir d'avoir fait un selfie à Auschwitz?

⭐⭐⭐✨

J'ai trouvé que ce spectacle était très intéressant, en particulier pour les adolescents. Il permet d'aborder avec eux les thèmes du harcèlement, bien sûr, et des addictions aux réseaux sociaux. En effet, ici, tous les personnages à leur manière, qu'ils soient jeunes ou moins, sont dépendants des commentaires et likes et ne semblent pouvoir se sentir exister qu'à travers le nombre de pouces et retweets qu'ils reçoivent. Cela doit faire écho en bon nombre de personnes, moi y compris. Si la réponse à la question posée dans le titre n'est finalement que peu abordée et n'est pas le point central de la pièce, certains moments m'ont énormément plu. J'ai particulièrement apprécié la gravité dans la mise en scène du moment de la visite des camps et les témoignages ainsi que les chorégraphies (surtout celle des masques). Décidément, le théâtre de l'Oulle a une programmation d'une immense qualité cette année!

 

A La Factory Théâtre de l'Oulle à 17h25

 

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Lumière!

⭐⭐⭐✨
Il est toujours agréable de se cultiver au théâtre. Là, par exemple, j'ai appris l'existence de George Westinghouse, ennemi juré de Thomas Edison dans ce qu'on a appelé "la guerre des courants". En ce qui concerne la pièce en elle-même, si j'ai mis quelques minutes à rentrer dans l'histoire, je l'ai trouvée extrêmement intéressante et bien plus profonde qu'on pourrait le croire. En effet, elle permet de s'interroger sur le côté plus sombre de cette invention. Combien de coups bas, d'accidents, de rêves brisés, de morts, avant qu'on en arrive là où nous en sommes aujourd'hui? Et comme pour chaque invention, quels usages allons-nous en faire?
Les décors et la mis en scène sont très réussis (en particulier les jeux de lumières avec les ampoules), le twist final est surprenant, et les comédiens sont tous très bons. En résumé, c'est un bon spectacle que je recommande.

 

A La Scala à 13h45

 

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Conspirations

⭐⭐⭐✨

Conspirations n’est pas un simple spectacle de mentalisme, c’est une véritable proposition théâtrale, originale et captivante.

Évidemment, les réactions du public ne se font pas attendre : exclamations, rires, applaudissements, incrédulité. À chaque nouveau tour, les spectateurs sont bluffés. Mais dans un univers où les mentalistes se multiplient, Benoît Faceyrias a su trouver une manière bien à lui de se démarquer.

Son pari ? Fusionner mentalisme, théâtre et faits historiques. Sur scène, il incarne Nicolas de La Reynie, considéré comme le premier enquêteur de France, et nous plonge dans une intrigue inspirée de faits réels. Le fil narratif est solide, bien construit, et donne un vrai relief à l’ensemble. On ne se contente pas d’assister à une série de démonstrations : on est pris dans une histoire, avec un personnage, une époque, une tension dramatique.

La mise en scène est sobre mais efficace, et ponctuée de touches d’humour bien dosées. Et surtout, les numéros sont à la hauteur: incroyables, bluffants, hallucinants. Le genre de moments où l’on se tourne vers son voisin en chuchotant : « Mais comment il fait ?! »

Si vous aimez le mentalisme, courez-y. Et si vous pensez ne pas aimer ça… laissez-vous surprendre par cette forme hybride, aussi spectaculaire qu’intelligente.

 

Au Théâtre du Roi René à 21h45

 

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La truite

⭐⭐⭐

Quelle performance! L'énergie des musiciens n'a d'égal que leur talent derrière leur(s) instrument(s). Alors certes, on peut parfois être perdu en essayant, à tort, de suivre l'histoire, mais il faut juste vivre le moment et apprécier la folie du spectacle. On ne peut que s'incliner devant la performance des artistes et la mise en scène impeccable d'Eric Bouvron. La salle était debout et est ressortie le sourire aux lèvres. Allez-y pour vivre un moment fou et musicalement de haut vol!

 

Au Petit Louvre (Chapelle des Templiers) à 21h10

 

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Une heure de philosophie

⭐⭐⭐

Quelle belle surprise que ce seul-en-scène de Christophe Delort ! Le pari était audacieux : nous faire découvrir la philosophie en un peu plus d’une heure, tout en la rendant accessible à tous, et en plus, en nous faisant rire. Pari relevé haut la main.

Ce spectacle est bien plus profond qu’on ne pourrait l’imaginer au premier abord. Il invite à réfléchir sur de nombreux aspects de la vie, sans jamais être pesant ni élitiste. L’énergie débordante du comédien, son aisance dans la communication avec le public et sa bonne humeur communicative font de cette heure un vrai moment de plaisir.

Christophe Delort parvient à rendre vivants les grands philosophes et leurs idées avec une simplicité et un humour qui captivent aussi bien les adolescents que les adultes. C’est une excellente introduction à la philosophie, qui donne envie d’en apprendre davantage. On en ressort grandi, avec l’esprit un peu plus éclairé et le sourire aux lèvres. Je recommande ce spectacle à tous ceux qui souhaitent allier culture et divertissement.

 

Au Théâtre Notre Dame à 13h

 

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Deux frères

⭐⭐⭐⭐
Encore une belle surprise tout à fait inattendue. "Deux frères" est le genre de pièce qui réussit le pari de parler d'un sujet aussi sensible que la violence intra familiale avec pudeur et sans verser dans le pathos. C'est le genre de spectacle qui touche, qui fait verser une larme (ou plusieurs) et qui amène à réfléchir, même si on n'est pas personnellement concerné par la thématique. C'est un spectacle intelligent et émouvant. Ce n'est probablement pas une coïncidence que le protagoniste ait le même nom que le comédien (et auteur). Il y a probablement une part de lui, de sa sensibilité, dans ce personnage de Renaud, à défaut d'être inspiré de sa propre histoire. Un immense bravo à lui pour sa performance tout en retenue et son écriture, et à son partenaire de jeu pour son énergie.
J'ai également énormément apprécié l'avant spectacle pour la bonne humeur dans laquelle les comédiens nous mettent et l'après spectacle pour le message qu'ils véhiculent. J'ai passé un très beau moment.

 

Au Théâtre de l'Oriflamme à 13h

 

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Swing heil

❤️❤️❤️❤️❤️
Coup de coeur
 
Il s'agit d'un magnifique seul en scène traitant d'un sujet compliqué mais sous un angle que je n'avais encore jamais vu, les jeunesses hitlériennes et l'endoctrinement des jeunes "à l'usure" si je puis dire. Si j'ai mis quelques minutes à rentrer dans le spectacle, le temps que le décor swing soit posé, à partir du moment où l'on aborde le sujet réel j'ai été totalement conquise. Le comédien (quelle énergie!!) est extraordinaire et la tension monte crescendo jusqu'à atteindre son apogée dans un final très émouvant. C'est une pièce qui explique parfaitement comment des enfants ont pu être modelés et perdre leur libre arbitre, mais sans tomber dans le jugement. Du beau théâtre à montrer à tout le monde!
 
Au Théâtre de la Nouvelle étincelle à 13h

 

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Une vie sur mesure

❤️❤️❤️❤️❤️ 

Coup de coeur

Encore un petit bijou du Festival ! Cette pièce, loin d’être une surprise pour moi, fait partie des incontournables d’Avignon depuis plusieurs années, jouée à guichets quasi fermés — et ce, à juste titre. Je l’avais déjà vue il y a deux ans, mais je suis retournée la voir cette année avec plaisir, impatience, et une curiosité toute particulière liée au changement d’interprète principal.

Et je n’ai absolument rien à redire : ce spectacle est un condensé d’émotion, de surprises et d’humour, porté par un jeune artiste d’un talent remarquable. J’avais découvert cette pièce avec Axel Auriant, dont j’avais été bluffée par la performance. J’avoue avoir eu une petite crainte de ne pas retrouver la même magie avec son successeur, mais Pierre Martin m’a totalement convaincue. Sa manière d’incarner Adrien est peut-être différente, mais tout aussi bouleversante et juste. Il se montre tout aussi virtuose que son prédécesseur, avec une sensibilité et une énergie qui donnent vie au texte d’une manière très personnelle.

L’écriture est d’une finesse rare, la mise en scène est maîtrisée et contribue à créer une atmosphère immersive. À la sortie, on a le cœur serré mais le sourire aux lèvres — un mélange subtil d’émotions qui reste longtemps.

Pour celles et ceux qui fréquentent le Festival depuis longtemps, "Une vie sur mesure" est sans doute un titre familier. Et si vous pensez que le thème ne vous concerne pas ou ne vous attirera pas, je vous invite vivement à oublier vos préjugés. Ce spectacle touche à l’universel, à ce qui nous fait tous vibrer. Courrez-y sans hésiter, vous ne le regretterez pas une seconde !

Edit: cette année, c'est l'auteur de la pièce, Cédric Chapuis, qui reprendra le rôle au festival. Ne manquez pas cela!

 

A la Scala à 12h35

 

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Dans la peau de Cyrano

❤️❤️❤️❤️❤️
Coup de cœur

Ce spectacle est tout simplement magnifique et est désormais un grand classique du festival d'Avignon. Même si ce genre peut parfois paraître répétitif, ici, Nicolas Devort parvient à insuffler une fraîcheur et une profondeur incroyables à son récit. L’histoire de Colin, ce jeune garçon qui se révèle et s’épanouit grâce au théâtre, est touchante, sincère, et pleine d’humanité.

Ce qui m’a particulièrement séduite, c’est la manière dont la pièce parvient à mêler intelligemment émotion, humour et pédagogie. Le spectacle n’est pas seulement destiné à un public adulte : il parle également aux enfants et adolescents, qui se retrouveront sans doute dans les cinq personnages jeunes interprétés par Nicolas Devort. Chacun est incarné avec une justesse remarquable, ce qui donne à l’ensemble un dynamisme et une authenticité captivants.

L’écriture est subtile, évitant les clichés, et le jeu du comédien est tout simplement époustouflant. Il réussit à transmettre toute la palette d’émotions avec finesse, et on sent qu’il a une vraie connexion avec son personnage et son histoire. L’évolution de Colin est à la fois inspirante et émouvante, et le fait que cette histoire soit portée par un seul acteur ajoute une dimension intime et immersive à la pièce.

Et, cerise sur le gâteau, on rit beaucoup ! L’humour est parfaitement dosé, apportant une légèreté bienvenue sans jamais diminuer la portée du message. C’est un spectacle qui fait à la fois réfléchir, toucher et sourire.

Pour toutes ces raisons, je ne peux que vous encourager vivement à découvrir ce spectacle. Si vous n’êtes pas à Avignon, sachez que Nicolas Devort tourne régulièrement avec cette pièce : renseignez-vous et ne manquez pas cette belle expérience théâtrale. C’est un vrai bijou, qui mérite d’être vu par le plus grand nombre.

 

Au Théâtre des Corps Saints à 14h40

 

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Intra-Muros

⭐⭐⭐⭐
Ma seule et unique expérience Michalikienne s'étant soldée par un échec puisque je n'avais pas aimé "Le porteur d'histoire" (que j'ai revu et aimé depuis), je suis allée voir Intra Muros presque à reculons. Mais tout en me disant que l'histoire, plus proche de la réalité, m'intéressait.
J'ai adoré cette pièce. Mais ce qui est étrange c'est que je suis incapable de dire pourquoi. Oui les comédiens sont bons (mais aucun ne m'a vraiment bouleversée), oui l'histoire est belle, mais rien d'extraordinaire ou de bluffant dans ce spectacle. Et pourtant je n'ai pas vu les 1h45 passer... Je n'ai pas d'explication mais j'ai passé un moment fantastique et je conseille vivement cette pièce. Vous trouverez des arguments vous-même!
 
Au Théâtre du Chêne noir à 21h35

 

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