En Géorgie une révolution éclate, le gouverneur est exécuté, sa femme s'enfuit en laissant son fils derrière elle. Groucha, simple fille de cuisine recueille le bébé et tente de le sauver au péril de sa vie. Affrontant la guerre, le froid et la faim, elle tisse avec l’enfant des liens plus forts que ceux du sang. Mais la paix revient et la "vraie" mère cherche son enfant...
Cette adaptation du Cercle de craie caucasien par Le Grenier de Babouchka confirme une fois de plus la qualité de cette troupe, qui s’attaque régulièrement à de grands textes du répertoire avec exigence et talent. On retrouve ici ce qui fait leur marque de fabrique: un goût assumé pour les œuvres ambitieuses et complexes, mais toujours traitées avec intelligence et respect du texte original.
Ici, la mise en scène de Charlotte Matzneff impressionne par sa maîtrise de l’espace et du rythme. Le défi de la pièce de Brecht, avec sa multitude de lieux, de personnages et de ruptures narratives, est relevé grâce à une grande fluidité de jeu et une exploitation très intelligente du plateau du Théâtre du Chien qui Fume. L’utilisation du balcon et des différents espaces du plateau et de la salle donne une amplitude presque cinématographique à l’ensemble, tout en restant profondément théâtrale. Certaines scènes, notamment celles de la rivière, restent en mémoire par leur inventivité et leur force visuelle.
Le choix de comédiens également musiciens est particulièrement fort: tout est créé en direct, sans bande-son, ce qui donne une matière vivante et presque artisanale au spectacle. Et comme toujours, leur performance est impeccable.
Mais au-delà de ce spectacle précis, ce qui frappe surtout, c’est la constance de cette compagnie. Le Grenier de Babouchka propose depuis plusieurs années un théâtre d’une grande qualité, exigeant, soigné, où rien n’est laissé au hasard. Dans un paysage où l’on voit de plus en plus des seuls en scène, leur travail se distingue par une vraie générosité artistique, un réel esprit de troupe et une recherche constante de beauté scénique. C’est du beau théâtre, au sens plein du terme, celui qui prend le temps de construire une forme et de servir les textes avec sérieux et passion.
Même si l’histoire en elle-même ne m'a pas totalement embarquée, cela n’enlève rien à la cohérence et à la qualité d’ensemble de la proposition.
A voir au Théâtre du chien qui fume à 12h05
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