Le goût de la framboise ⭐⭐⭐⭐

Été 1998, Stella, 19 ans, est incarcérée en centre de détention. Immergée dans la violence du monde carcéral, privée d’avenir, elle va devoir partager sa cellule avec une femme étrange, de quarante ans son aînée. Cette rencontre va bouleverser sa vie. Automne 1975, alors que tout semble être fait pour qu’elle échoue, Marcelle, une jeune chercheuse en astrophysique, est sur le point de faire une découverte sans précédent.

Il est des pièces dont on sent, dès les premières minutes, qu'elles possèdent tout ce qu'il faut pour rencontrer un grand succès, tant auprès du public que de la critique. "Le Goût de la framboise" fait indéniablement partie de celles-ci. On y retrouve de l'émotion, de l'humour, un propos riche, une mise en scène soignée et une distribution particulièrement convaincante.

L'un des choix les plus intéressants de l'écriture est de ne pas raconter l'histoire de manière chronologique. Les allers-retours entre les différentes époques et entre deux mondes en apparence aux antipodes (une prison et une faculté d'astrophysique) permettent de reconstituer progressivement le puzzle des destins des personnages. Certes, ce procédé narratif n'est pas inédit, mais il est ici parfaitement maîtrisé et maintient l'intérêt du spectateur jusqu'au bout.

J'ai également été impressionnée par la précision du travail de documentation, qui donne une grande crédibilité aux passages consacrés à l'astronomie. Mais que l'on ne s'y trompe pas : la pièce ne bascule jamais dans le cérébral ni dans le cours magistral. L'humour est omniprésent, sans jamais prendre le pas sur l'émotion. Les comédiens insufflent une profonde humanité à cette histoire. Au fil de la représentation, de véritables liens se tissent entre les détenues, et l'on s'attache rapidement à chacune d'elles, y compris aux personnages secondaires, qui sont loin d'etre de simples faire-valoir. Cette humanité donne d'autant plus de force à la dimension politique du spectacle. En filigrane, la pièce dresse un portrait saisissant de la condition féminine dans les années 1970. À travers des scènes résolument engagées, elle dénonce avec justesse les mécanismes d'un sexisme systémique alors largement banalisé. Sans jamais être démonstratif, le propos résonne encore puissamment aujourd'hui.

Au final, "Le Goût de la framboise" est une œuvre complète, généreuse et parfaitement maîtrisée. En mêlant avec finesse humour, émotion et  , ce spectacle intelligent et accessible possède toutes les qualités pour séduire un très large public.

A voir au Théâtre des Béliers à 19h05

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