Deux meilleures amies, lycéennes, se parlent plusieurs dizaines de fois par jour, en ligne, au téléphone, s’invitent l’une chez l’autre. L’une rêve de garçons, l’autre non. La première tombe amoureuse d’un musicien anglais avec lequel elle communique sur les réseaux sociaux, la seconde la conseille. Elles se confient l’une à l’autre, soliloquent, se piègent dans leurs propres sentiments, leurs aspirations, leurs troubles. Que devient l’amitié fusionnelle de deux adolescentes quand l’amour surgit ? Qu’est-ce que l’amour quand il est pris au piège des mots ? L’amour se nourrit de déclarations.Le désir, le manque, l’attente sont exaltés par les mots ; et les réseaux sociaux les véhiculent si facilement, si rapidement...
Il est des spectacles dont on ressort secoué. "Fake" est de ceux-là car la pièce nous entraîne dans un tourbillon d'émotions. Portée par deux jeunes comédiennes remarquables et une mise en scène d'une sobriété efficace, elle captive dès les premières minutes. Deux bureaux, quelques néons pour délimiter les espaces: il n'en faut pas davantage pour installer une atmosphère à la fois épurée, tendue et visuellement très forte.
L'histoire suit deux adolescentes dont l'amitié est fusionnelle. Elles partagent tout, jusqu'au jour où l'une d'elles tombe amoureuse. À partir de cet instant, leur relation se fissure peu à peu. Très vite, on sent qu'un malaise s'installe, que quelque chose nous échappe. L'écriture joue habilement avec nos certitudes et nous entraîne sur de fausses pistes. Impossible d'en dire davantage sans gâcher la découverte: le point de bascule du spectacle est aussi inattendu que bouleversant et transforme complètement notre regard sur ce que nous venons de voir.
"Fake" est un véritable spectacle coup de poing. Il parle avec une grande justesse de l'adolescence, de ses passions absolues, de ses blessures, de ses excès et de cette intensité avec laquelle tout est vécu à cet âge. La tension ne cesse de monter jusqu'à un final saisissant.
Les deux comédiennes livrent une prestation exceptionnelle. L'une est solaire, débordante d'énergie, presque excessive dans sa manière d'aimer et de vivre. L'autre, plus réservée et tourmentée, dévoile progressivement une intensité de jeu qui va crescendo jusqu'à devenir bouleversante. Leur complicité, leur justesse et leur engagement donnent toute sa force au spectacle.
Le dénouement, à la fois tragique et profondément émouvant, laisse la salle dans un silence presque suspendu. On sent que l'émotion traverse autant les spectateurs que les comédiennes elles-mêmes. Un spectacle marquant tu resteras un de mes temps forts de ce festival d'Avignon.
À voir au Théâtre du train bleu à 12h35 les jours. Pairs
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