En mission à l’étranger, Joséphine s’effondre. On parle d’épuisement, de violence du terrain, de fatigue accumulée. Mais la vérité est ailleurs : un traumatisme enfoui dans l’histoire familiale remonte brutalement à la surface. De retour en France, sa cousine Oxana et sa tante Céline l’aident à comprendre ce qui la hante. Ensemble, elles explorent les silences, les secrets et les blessures qui ont façonné leur histoire. Peu à peu, le récit familial se construit sur scène, présent et flashbacks s’entrelacent comme les pièces d’un puzzle qui dévoile les rouages d’un héritage toxique.
"Dysfonctionn(elles)" explore les ravages du silence au sein d'une famille où tout semble régi par l'emprise d'une grand-mère omniprésente. Ici, les non-dits, les secrets et les blessures enfouies se transmettent de génération en génération, jusqu'à rendre chaque relation profondément dysfonctionnelle.
Le temps d'un repas dominical, deux cousines tentent malgré tout de préserver leur complicité et de retrouver un peu de légèreté dans une atmosphère pesante où chacun semble marcher sur des œufs suite à un évènement inattendu. Ce contraste entre leurs éclats de vie et la tension permanente qui règne dans la famille donne à la pièce une vraie force émotionnelle.
Sur scène, les trois comédiennes livrent une prestation très convaincante. Les deux plus jeunes forment un duo d'une grande complicité, aussi naturel que touchant. À leurs côtés, Véronique Augereau propose un jeu tout en retenue, faisant exister son personnage avec une remarquable sobriété.
La mise en scène recèle également de très belles idées. La grand-mère n'apparaît jamais véritablement : elle est incarnée par un masque de marionnette que les trois comédiennes se transmettent tour à tour. Un procédé aussi simple qu'efficace qui renforce l'impression que cette figure tyrannique est partout à la fois. Son ombre plane constamment sur la famille, presque comme un Big Mother qui contrôle les pensées et les comportements de chacun.
Autre trouvaille intéressante : tandis que l'essentiel de l'action se déroule dans le vaisselier, devenu un espace de confidences, de confrontations et de rapprochements, un écran au fond de la scène projette régulièrement le repas qui se poursuit dans la salle à manger. Ce dispositif, qui rappelle par moments Cuisine et Dépendances, pourrait être cependant mieux exploité afin de réellement apporter quelque chose plutôt que de simplement habiller la scène.
La dramaturgie est particulièrement bien construite. On comprend très vite qu'un drame ancien hante cette famille, sans jamais savoir exactement de quoi il retourne. Les indices sont distillés avec habileté, maintenant le suspense jusqu'à un retournement final que l'on voit difficilement venir. Une révélation qui donne soudain un nouvel éclairage à tout ce qui a précédé.
Une pièce sensible qui explore avec beaucoup de finesse le poids des secrets, mais qui donne parfois le sentiment de vouloir embrasser un peu trop de thématiques à la fois.
A voir au Théâtre des Corps Saints à 11h40
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