Dessiner encore ⭐⭐⭐✨

Elle s’appelle Corinne, alias Coco. Le 7 janvier 2015, les attentats de Charlie Hebdo ont bouleversé sa vie en une poignée de minutes. Dans cette adaptation théâtrale de la bande dessinée à succès Dessiner encore, œuvre poétique et profondément humaine, Coco revient sur cet instant suspendu, sur l’après, et sur les questions qui la hantent encore : Et si elle avait fait quelque chose ? Et si elle avait appelé au secours ? Et si… Parce qu’un dessin ne tue pas, Coco nous parle et dessine avec générosité, humour et pudeur. Elle nous emmène dans un voyage intérieur d’une rare sensibilité, où se mêlent ses blessures, ses élans de vie et ses plus belles rencontres, humaines et artistiques, au cœur de la rédaction de Charlie Hebdo. Trois comédiennes racontent et incarnent en chœur ce personnage lumineux et fragile, donnant corps à son univers onirique. Un hommage vibrant à la caricature, à l’art courageux du dessin de presse, et à cette énergie indomptable : celle de créer, de rire et de résister.

"Dessiner encore", adapté de la bande dessinée éponyme de Coco, l'une des survivantes de l'attentat contre Charlie Hebdo, est sans doute l'un des spectacles les plus impressionnants visuellement qu'il m'ait été donné de voir. Et au fond, comment pourrait-il en être autrement lorsqu'il s'agit de raconter l'histoire d'une dessinatrice ? Les dessins deviennent ici la matière même du spectacle et prennent vie sous nos yeux dans un tourbillon d'images d'une inventivité fascinante. Il est difficile de trouver les mots pour décrire la beauté de cette mise en scène, tant elle regorge de trouvailles. La façon dont l'attentat est représenté est d'une immense puissance symbolique : c'est une image qui restera longtemps gravée dans ma mémoire.

Mais "Dessiner encore" ne se résume pas à sa splendeur visuelle. Les trois comédiennes, qui incarnent Coco à différentes étapes et sous différentes facettes de son parcours, livrent une prestation remarquable. Elles parviennent à transmettre toute la complexité des émotions de la dessinatrice, entre sidération, colère, culpabilité et reconstruction. Malgré la gravité du sujet, le spectacle laisse également une place à l'humour. Les mimiques des comédiennes, leur énergie et leur complicité apportent de précieux instants de légèreté, sans jamais trahir le propos.

À travers ce récit, on comprend le poids de la culpabilité qui habite Coco, elle qui a ouvert la porte aux terroristes ce matin-là. Le spectacle montre avec beaucoup de justesse comment le dessin est devenu pour elle et les autres rescapés une manière de survivre, un exutoire indispensable pour continuer à avancer. Il rappelle aussi que les menaces visant Charlie Hebdo étaient connues depuis longtemps et soulève une question qui hante encore aujourd'hui : comment une telle tragédie a-t-elle pu se produire malgré les alertes ?

Le spectacle est évidemment un hommage aux victimes de l'attentat, même si j'aurais aimé que chacun des disparus bénéficie d'une place plus équivalente dans cet hommage. Au-delà de l'émotion, "Dessiner encore" interroge notre rapport à la liberté de la presse et à la liberté d'expression, tout en replongeant le spectateur dans cette période où la France semblait rassemblée derrière une même cause.

À la fois bouleversant, lumineux et souvent drôle, "Dessiner encore" est une œuvre touchante. Elle raconte le chemin de reconstruction de Coco avec une grande sensibilité et s'appuie sur une mise en scène d'une beauté absolument exceptionnelle. Un spectacle marquant, dont certaines images continuent de résonner bien après la tombée du rideau.

A voir au Théâtre des Béliers à 13h40

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.