Le Misanthrope

Publié le 5 avril 2026 à 21:36

⭐⭐⭐⭐✨

Refusant les faux-semblants et les jeux de pouvoir, Alceste cogne avec ses mots et sa sincérité brutale dans une violence destructrice. Mais sa colère, aussi légitime soit-elle, finit par se retourner contre lui. Ce qu'il combat, il finit par le reproduire à sa manière. Alceste aime Célimène alors qu'elle incarne tout ce qu'il rejette. Il l'aime avec violence, avec fièvre. Et c'est par l'expérience de cet amour blessé qu'il vacille et finit par réussir à se déconstruire.

 

Dans le magnifique écrin du théâtre Antoine, se joue actuellement une nouvelle adaptation du Misanthrope de Molière. Mais pas n’importe laquelle : celle de Tigran Mekhitarian, un artiste que j'apprécie particulièrement et qui s’est fait une spécialité de faire résonner les textes classiques dans notre époque.

Ceux qui me lisent le savent : jusqu’ici, je n’ai jamais été déçue par son travail. Alors, ce Misanthrope allait-il changer la donne? Bien au contraire. J’ai même le sentiment d’avoir assisté à sa proposition la plus aboutie.

Avec cette mise en scène, Tigran Mekhitarian va encore plus loin : plus sombre, plus radical, plus frontal aussi. Là où l’on pourrait attendre une comédie grinçante, il fait émerger une véritable tragédie contemporaine. Le rire n’a pas disparu, mais il devient presque inconfortable, coincé dans une tension permanente. Je suis sortie de la salle assez bousculée, en particulier par le choix fort de la dernière scène. 

On retrouve bien sûr les marqueurs qui font sa signature : un univers moderne et urbain, des incursions de rap, des chorégraphies hip-hop, et ces ruptures de langage qui percutent le texte classique. Mais loin d’être de simples effets, ces choix participent ici à une vision plus âpre, plus dérangeante, et finalement plus cohérente.

Surtout, les personnages principaux gagnent en densité. Les comédiens, dont plusieurs fidèles du metteur en scène, déploient une vraie énergie. Et au centre, Tigran Mekhitarian lui-même livre un Alceste intense, à la fois habité, fragile et profondément humain.

Comme souvent avec ce type de parti pris, la proposition ne fera pas l’unanimité. Mais pour ma part, j’ai été totalement emportée par cette relecture, qui ne cherche jamais la facilité et assume pleinement sa radicalité.

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