L'autre ⭐⭐⭐⭐

Avril 1944. La Milice fait régner la terreur dans toute la banlieue lyonnaise. Une nuit, Samuel Rosenthal, pourchassé par ces collabos tente de gagner la Suisse et trouve refuge chez le prêtre d’une paroisse, l’Abbé Jocelyn. Marceline, sa dame à tout faire, ne voit pas cette arrivée impromptue d’un très bon œil, d’autant que les soupçons du chef de la Milice locale se resserrent peu à peu autour de l’homme d’église et du fuyard. L’Abbé trouve alors une idée pour aider Samuel à se cacher et éloigner le danger qui le guette : faire de ce médecin juif le futur curé de la paroisse. Samuel va-t-il accepter cette proposition ?Et si ce qui les unit était plus fort que ce qui les oppose ?

Encore une très belle surprise ! Comme chaque année, le Festival d'Avignon accueille de nombreux spectacles consacrés à la Shoah, à la Résistance ou à la Collaboration. "L'autre" s'inscrit dans cette lignée, mais parvient à trouver sa propre voix.

L'histoire met en scène un abbé qui cache un homme juif durant l'Occupation. La rencontre entre ces deux hommes donne lieu à des échanges où les convictions religieuses, les préjugés et les différences de vision du monde s'entrechoquent. C'est de cette confrontation que naît un humour particulièrement efficace, qui joue avec les clichés pour mieux les dénoncer.

La dramaturgie reste relativement classique et la mise en scène ne cherche pas à révolutionner le genre. Pourtant, cela n'empêche jamais le spectacle de captiver. L'intrigue est solidement construite et nous tient en haleine jusqu'au dénouement.

Le personnage de Marceline, interprété avec beaucoup de talent par Juliette Galoisy, y est pour beaucoup. Profondément imprégnée des préjugés de son époque, elle enchaîne les propos antisémites avec une sincérité désarmante. Pourtant, grâce à une écriture d'une grande finesse et à une interprétation remarquable, on rit de l'absurdité de la situation plutôt que des propos eux-mêmes. Le spectacle trouve ainsi un équilibre délicat entre humour et dénonciation, sans jamais banaliser ce qu'il raconte.

À l'inverse, le chef de la milice locale incarne la haine dans ce qu'elle a de plus inquiétant. Là où Marceline apparaît avant tout comme le produit de son ignorance, lui agit avec une véritable volonté de nuire. Miguel Vander Linden livre une interprétation glaçante qui en fait un antagoniste particulièrement détestable.

"L'autre" est un spectacle intelligent, sensible et souvent drôle, qui prouve qu'il est possible d'aborder les heures les plus sombres de notre Histoire avec justesse, sans renoncer ni à l'émotion ni à l'humour. Une réussite.

A voir au Théâtre Buffon à 13h

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