Amadeus

Publié le 13 février 2026 à 16:06

⭐⭐⭐⭐

Vienne, 2 novembre 1823 –

Un vieil homme prétend avoir tué Mozart il y a 32 ans. Son nom : Antonio Salieri. C’est le compositeur officiel de l’Empereur et serviteur de Dieu, à qui tout réussit. Jusqu’au jour où il rencontre un prodige fulgurant, un génie insolent, obscène, incontrôlable… mais traversé par une musique d’une pureté divine : Wolfgang Amadeus Mozart ! Face à un tel talent, Salieri se laisse dévorer autant par la jalousie que l’admiration. Il n’aura plus qu’un seul but : le faire taire.

Commence alors la mise à mort d’un génie, prouvant à quel point l’être humain est capable du meilleur comme du pire

Au Théâtre Marigny se joue Amadeus, adaptation de la pièce de Peter Shaffer, rendue célèbre au cinéma par Milos Forman en 1985 et couronnée par huit Oscars. Inspirée de figures bien réelles  (Wolfgang Amadeus Mozart et Antonio Salieri), l’histoire relève pourtant de la fiction : aucune preuve historique n’atteste d’une rivalité aussi féroce entre les deux hommes. C’est là toute la force de l’œuvre : transformer une hypothèse romanesque en tragédie universelle sur le génie, la jalousie et la médiocrité blessée.

Dès l’entrée dans le théâtre, la magie opère. Des musiciens accueillent le public dans le hall en tenue d'époque, en interprétant des airs de Mozart, et prolongent cette présence jusque dans cette magnifique salle. L’immersion est immédiate : l’atmosphère raffinée et mystérieuse abolit la frontière entre scène et spectateurs. On ne vient pas simplement assister à une représentation : on entre dans un univers où la musique circule comme un souffle.

Sur scène, quatorze artistes (ce qui est de plus en plus rare de nos jours) portent le spectacle avec énergie. Les costumes sont somptueux et les performances lyriques, d’une grande qualité, rappellent que la musique n’est pas un ornement mais la matière même du spectacle.

Au cœur de cette architecture dramatique, deux figures s’affrontent. Jérôme Kircher incarne aussi sobrement que brillamment la glace : la retenue, la rigueur, la blessure contenue et le machiavélisme d’Antonio Salieri. Face à lui, Thomas Solivérès est le feu. Son Mozart éclate, rit, provoque, déborde et agace. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’extraordinaire palette qu’il déploie. Il ne se contente pas d’être l’enfant terrible insolent et incandescent ; il donne à voir, avec finesse, la fragilité sous l’exubérance. Son corps se tord d’énergie, sa voix fuse, son rire claque, puis, peu à peu, l'impétuosité laisse place à l’épuisement, la flamboyance à la solitude. Dans les scènes de déchéance, il nous fend littéralement le cœur. Le génie n’est plus seulement un feu d’artifice, il devient un être vulnérable, acculé, presque enfantin dans sa détresse. Cette bascule donne au spectacle sa profondeur tragique.

Ma seule réserve concerne le choix d’accentuer le versant scatologique du personnage pour souligner son impertinence. Si l’irrévérence fait partie du mythe, l’insistance sur certains effets m’a semblé superflue puisque la richesse du jeu de Thomas Solivérès suffisait amplement à exprimer cette insolence sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter.

Malgré ce léger bémol, Amadeus s’impose comme une proposition théâtrale ambitieuse, vibrante et généreuse, portée par une troupe remarquable et par un duo de comédiens extraordinaire.

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